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Le travail du dimanche en question

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Question orale sans débat d'Axel Poniatowski Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
30-04-2008

Malgré le sérieux apparent de la chose, il se passe à l'Assemblée un certain nombre de débats assez risibles par l'étalement d'informations fausses, d'inexactitudes, de lieux communs. Ci-dessous la croustillante intervention du 29/04/08 d'Axel Poniatowski, député du Val d'Oise.

En italique, nos commentaires.

Mardi 29 avril 2008 – Question orale sans débat d'Axel Poniatowski, Député du Val d'Oise

OUVERTURE DES COMMERCES LE DIMANCHE DANS LE VAL-D’OISE 

M. Axel Poniatowski – Madame la ministre, je me réjouis que vous soyez amenée à me répondre, étant donné les responsabilités importantes que vous avez occupées naguère dans l’établissement public de Cergy-Pontoise.

La question de l’ouverture des commerces le dimanche, qui a ressurgi récemment dans le débat politique et fait l’objet d'un examen approfondi en vue d'une éventuelle modification des règles en vigueur, se pose avec une particulière acuité dans le Val-d’Oise.

Dans le permis de construire du centre commercial Art de vivre situé à Éragny-sur-Oise était insérée une clause selon laquelle les magasins qui s'y installeraient bénéficieraient de l'autorisation d'ouverture le dimanche. A la suite d'une action en justice engagée par le syndicat FO, il s'est avéré que cette clause était illégale. Mais les conséquences sont catastrophiques.

Information qui demeure à prouver, tellement elle est absurde : Comment une autorisation de construire pourrait-elle contenir la possibilité de contrevenir au Code du Travail ? Comment le Maire d’Eragny, compétent pour accorder un permis de construire, pourrait conférer un droit qu’il ne lui appartient pas de donner ? Et comment une autorisation de construire pourrait ne pas reconnaître le droit légal aux petits commerces qui y sont implantés d’ouvrir sans employer de salariés ? Certains ne s’en privent pas. Le Grand Cercle est, nous dit-on, une société familiale… Les membres de la famille pourront toujours venir aider.

La librairie Le Grand Cercle, neuvième librairie indépendante de France, va devoir procéder à 62 licenciements immédiatement, et, à terme, l'effectif actuel de 160 salariés serait réduit à 78 – 65 ETP. L'insuffisance du chiffre d’affaires, la disproportion de la surface commerciale et le coût des licenciements risque même d'entraîner le dépôt de bilan, soit la disparition des 160 emplois.

Actuellement, il y a 120 salariés ETP et non 160 comme l’indique Monsieur Poniatowski. La librairie va très bien, elle a annoncé l’année dernière la création d’un deuxième établissement et le retard pris pour son ouverture n’a rien à voir avec cette situation. Les salariés pourront donc être reclassés et ne pourront pas être licenciés.

En outre, le licenciement est juridiquement impossible. Le Grand cercle ne pourra pas se prévaloir de n’avoir pas respecté la Loi pour ensuite justifier un licenciement. C'est méconnaître le B-A-BA du Code du Travail que de poser une telle affirmation !

À Osny, pour le magasin Leroy Merlin qui emploie habituellement 200 collaborateurs et 50 étudiants le dimanche, l'ouverture dominicale représente 20 % du chiffre d’affaires hebdomadaire et fait bénéficier les salariés d’une prime d'intéressement de 150 %. Le centre commercial de l'Oseraie à Osny se trouve dans la même situation que le centre Art de Vivre d’Éragny.

Encore une entreprise familiale ! Leroy-Merlin appartient au groupe Adéo et donc à l’association familiale Mulliez (8 milliards d’Euros de Chiffre d’affaires).

Etant la seule enseigne de bricolage de la zone commerciale de l’Oseraie, la fermeture induira nécessairement et mécaniquement un report en semaine de la clientèle. Où est le problème ?

Il n'est pas raisonnable qu'en Ile-de-France, les enseignes de bricolage, outillage, décoration, ameublement et loisirs soient fermés le dimanche. Les actions judiciaires engagées par FO menacent la pérennité des entreprises et vont provoquer des plans de licenciements alors même que le personnel est largement favorable au fait de travailler ce jour-là.

Erreur impardonnable pour un fin connaisseur de la situation comme M. Poniatowski. L’ameublement bénéficie de la Loi Chatel du 3 janvier dernier et de l’amendement Debré. Souvenez-vous, M. Poniatowski, une loi qui permet d’employer des salariés le dimanche sans aucune contrepartie, sans volontariat suite à une boulette de ses promoteurs que M. Mallié ne corrige curieusement pas dans sa proposition.

M. Poniatowski devrait se renseigner : quelles sont les enseignes qui sont fermées en Ile de France ?! Elles sont toutes ouvertes. Castorama, condamné, continue à ouvrir en dépit d’une astreinte de 90.000 Euros. Les seules à avoir fermé sont les enseignes de vente d’électro-ménager qui n’ont pas vu leur chiffre d’affaire baisser sauf lorsqu’elles sont directement confrontées à d’autres enseignes qui ouvrent le dimanche comme c’est le cas à Eragny où Planet Saturn a perdu des parts de marchés sur les CD, les jeux vidéos du fait du maintien de l’ouverture du Grand Cercle à moins de 200 mètres.

C’est l’Etat qui est garant de l’égalité et de la légalité. Que fait-il ?

Je souhaite donc que M. Novelli demande sans attendre au préfet du Val-d'Oise de prendre un arrêté régularisant, au moins temporairement, la situation de ces centres commerciaux afin d'éviter une catastrophe sociale.

Décidément, la régularisation est à la mode ! Encore un arrêté illégal à prendre qui serait annulé aussi sec ?! M Poniatowski ne pourrait-il pas demander à Monsieur le Préfet de faire appliquer la Loi avec les moyens de l’Etat pour assurer l’égalité entre les opérateurs économiques ?

D'autre part, à la suite des travaux du groupe d'études sur ce sujet, notre collègue Mallié a déposé une proposition de loi que j'ai cosignée : dans quel délai elle pourra-t-elle être inscrite à l'ordre du jour prioritaire de l'Assemblée nationale ?

M Poniatowski est bien pressé ! Avant de la signer, il faudrait d’abord en comprendre les effets ! Quid des deux rapports commandés par le gouvernement actuel comme le précédent, notamment les deux avis du Conseil Economique et Social ? 


Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d’État chargée du commerce extérieur – En vertu du principe de séparation des pouvoirs, il est évidemment impossible de s’immiscer dans les affaires pendantes devant les juridictions, même si leur déroulement est suivi avec la plus grande attention par le ministère de l’économie et celui du travail ; votre demande que le préfet du Val-d’Oise prenne les arrêtés nécessaires pour consolider la situation juridique des magasins et l’emploi de leurs salariés a été transmise à Xavier Bertrand.

Il n’en demeure pas moins que des élus n'ont pas hésité d’écrire au Président du Tribunal de Grande Instance de Pontoise s’agissant du Grand Cercle qui est la seule enseigne à avoir été condamnée, mais avec un délai de quatre mois avant l’application des astreintes réduites à 5.000 Euros par dimanche, là où le code du travail prévoit une amende par salarié au profit de l’Etat de 7.500 Euros…

D’une manière plus générale, le souci du Gouvernement est d’adapter l’ouverture des magasins à la situation réelle de notre économie et de la société, tout en préservant l’équilibre entre les différentes formes d’offre commerciale. C’est un dossier sensible tant pour les salariés que pour les consommateurs, aussi bien à Plan de campagne, dans le sud de la France, que dans votre région. Les services de l’État expertisent l’impact des propositions formulées par le Conseil économique et social et par la Commission pour la libération de la croissance française, et M. Novelli ne manquera pas de vous tenir informé de la suite qui sera donnée à ces premières analyses.

Nous sommes donc particulièrement attentifs au retour de ces nouvelles expertises. Il reste à espérer que Madame IDRAC pourra demander celle de l’OFCE et se rapprochera des parlementaires européens et de la Commission européenne qui sauront leur rappeler la Résolution du Parlement Européen du 12 décembre 1996. La seule expertise qui n’est pas, à notre connaissance connue, est l’impact environnemental de la mesure, notamment en matière de pollutions de toutes sortes. La fondation de Nicolas Hulot a été interrogée à ce sujet il y a plusieurs mois, mais pas de réponse à ce jours.

La réponse de Mme Idrac demeure contradictoire avec celle de Mme Lagarde, apportant le soutien du gouvernement à la proposition Mallié.

Je remercie M. Mallié d’avoir déposé une proposition de loi sur le sujet et j’espère comme vous que le Parlement aura prochainement à en débattre. Nous avons en effet à améliorer un système qui est devenu illisible et injuste, avec 180 possibilités coexistantes de dérogations au repos dominical. C’est un sujet de grande importance, puisque tous secteurs d’activité confondus, 5,8 millions de salariés déclarent travailler le dimanche, dont un noyau dur de 3,4 millions, ainsi que 1,6 million de non salariés.

Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage, vieille coutume toujours aussi efficace !

Un système illisible ? La proposition Mallié ne fait qu’ajouter des dérogations nouvelles en permettant qu’elles soient en outre implicites. Elle complexifie encore plus la situation en rajoutant encore à l’édifice. Elle rend le système moins sûr au niveau juridique, une dérogation pouvant être annulée plusieurs années après qu’elle ait été accordée. Un système injuste ? Injuste, que les salariés, la société, les familles, les petits commerçants voient leur vie personnelle protégée des appétits des grandes enseignes et de leurs actionnaires ? Allons !

M. Axel Poniatowski – J’aurais aimé que vous nous annonciez officiellement l’inscription rapide de ce débat à notre ordre du jour… Le préfet des Bouches-du-Rhône a appelé lui-même hier dans son communiqué de presse à une discussion de cette proposition de loi dans les meilleurs délais. L’évolution de la législation est attendue par l’ensemble des parties en Ile-de-France, enseignes, salariés et consommateurs – qui, ayant souvent une heure et demie de trajet matin et soir pour aller travailler, ne peuvent évidemment faire leurs courses qu’en fin de semaine.

M Poniatowski doit travailler le dimanche ! Il faudrait qu’il puisse aller en province pour constater que la fermeture dominicale se supporte sans difficulté, bien que les temps de trajet sont aussi longs. Pour mémoire, dans les zones urbanisées du département du Val d’Oise, il faut moins de 7 kms pour trouver une grande enseigne dans l’un des secteurs d’activité concernés. Elles sont toutes implantées le long des principales artères. Vous constaterez que vous devrez faire bien des kilomètres si vous habitez dans les zones rurales.

Commentaires (2)add comment

vincent lecourt said:

@ M. Declercq

Beaucoup de points dans votre commentaire ne me paraissent pas complets ou justifiés.

Sur le plan économique d'abord, l'impact de l'ouverture le dimanche se fait notamment sur le prix des loyers commerciaux. Là où le projet souhaite l'autoriser, les "facteurs de commercialité" vont être modifiés entraînant une hausse du prix du m2 rendant plus difficile l'implantation des petits commerçants au profit des chaines de distribution.
Attirer une clientèle en ouvrant le dimanche revient à la prendre ailleurs. Vous n'êtes pas sans ignorer en montant votre projet ce qu'est une zone de chalandise. Vous ne pouvez également ignorer que l'ouverture du dimanche ne se conçoit que dans le seul objectif de capter une clientèle qui, autrement, ne viendrait pas dans votre enseigne. Cela se fait donc au détriment d'autres commerçants et de leurs salariés qui vont se retrouver de l'autre côté de la frontière que cette loi va créer entre les commerçants des PUCE et les autres. Cela ne se justifie économiquement que lorsque le rapport entre ce qu'elles vont gagner le dimanche en parts de marché dépasse les coûts induits en terme de charges supplémentaires. Ce que vous vendez en 7 jours vous coûte plus cher que ce que vous vendez en 6.

Sur l'absence de report en semaine, c'est pour l'instant un simple argument, pas un fait. Les enseignes se sont évertuées à modifier les usages des consommateurs - marketing, publicité, bon d'achat les dimanche et jours fériés. Lorsque vous avez besoin de changer un robinet, ce besoin se fait sentir le dimanche comme le samedi ou le mardi. Le consommateur devra donc bien y faire face à un moment et trouvera toujours les moyens de le faire à moins de 7 mn de son domicile dans le Val d'Oise. 7 mn, M. Declercq. Cela devrait vous parler en terme de zone de chalandise.

La vente en ligne que vous vilipendez est certes ouverte 7j/7 24h/24. Elle fait cependant aussi avancer l'économie et si vous regardez attentivement à qui appartiennent les sites correspondants, vous allez vous apercevoir qu'il s'agit des mêmes groupes que ceux qui détiennent les surfaces de vente concernées par l'ouverture du dimanche qui possèdent d'ailleurs souvent leur propre site. Vous oubliez un peu vite les plans sociaux chez les vendeurs par correspondance.
Votre commentaire sur le fait qu'ils ne soient pas français est aberrant. Outre le fait qu'il fleure bon un chauvinisme totalement injustifié, du même type que ceux qui accusaient, il y a deux ans, les syndicats de ne pas s'en prendre à Ikea, acteur économique suédois mais de s'en prendre à Conforama, opérateur français qui vend des fauteuils chinois. Les salariés qui travaillent en France pour ces sites en ligne où qui livrent en France font travailler l'économie française.
Cela renvoie aussi à ce que vendent les grandes surfaces commerciales. Là non plus, ce n'est souvent pas de la production française. Prenez la visserie de chez Leroy, c'est souvent fabriqué en PRC. Bien des kilomètres pour quelques clous et vis, non !? Il manque sans doute d'entreprise en France pour produire de tels vis et clous.

S'agissant des salariés volontaires, vous en avez vu qui disent autre chose que laissez moi travailler le dimanche pour me permettre de m'en sortir et d'avoir un salaire me permettant de faire face à mes charges.
Comment dans un contexte où à 47 ans, vous êtes au chômage, alors que vous êtes cadre de l'industrie, sans doute diplômé avec une expérience significative, pourrez vous refuser de travailler le dimanche alors que vous ne trouvez pas dans votre spécialité et que votre reconversion se fait visiblement par défaut, "faute d'opportunité" ? Refuserez vous de prendre un emploi où le travail du dimanche vous permettra tout juste de vous en sortir lorsque vous aurez épuisé vos droits. Je dis "tout juste" parce que au delà, vous pourriez avoir le choix et aucun employeur n'y a intérêt. Je peux vous donner l'exemple du Grand Cercle à Eragny à cet égard où la majoration du dimanche a été augmentée au lieu et place d'une augmentation de salaire l'an passé. La majoration du salaire n'a été accordée qu'aux seuls salariés qui ne peuvent travailler le dimanche... CQFD
Comment expliquer vous que les cadres ne croient pas au volontariat à une écrasante majorité ? Ils sont sourds et aveugles à l'affirmation du contraire ou bien ils sont conscients de la réalité ?
Vous avez raison, ce n'est pas un simple conflit philosophique, c'est ce que nous ferons de la société de demain qui se joue.
 
Abus
    pas intéressant
    intéressant
juin 11, 2009
Avis : +1

JY Declercq said:

Cadre de l'industrie, 47 ans, à la recherche d'emploi et devant, faute d'opportunité depuis quelques mois, envisager monter un commerce sur la ZAC d'Osny. En effet, des enseignes comme Leroy Merlin attire forcément une clientèle. L'ouverture le dimanche permettait d'assurer un service 7j/7 que les clients recherchent et qu'ils ne reportent pas forcment la semaine en cas de fermeture le dimanche : soit ils essayent de trouver plus loin, soit surtout ils reportent de plus en plus leurs achats sur les sites de ventes en ligne ouverts 24h/24 7J/7. Et beaucoup de ces sites ne sont pas français... C'est donc une partie de l'économie française qui s'évade à des kilomètres de chez nous, avec ses conséquences sur la politique du développement durable...
Bref, il serait temps d'oublier, selon moi, la politique et les polémiques. Issu d'une famille de petits commerçants et artisans je puis afirmer qu'il est indéniable que la bataille des grandes surfaces et leurs ouvertures le dimanche est une bataille d'une autre époque.
Merci à tous de penser que l'intérêt d'une loi bien faite autorisant les ouvertures le dimanche est une question de libre entreprise que salariés (ceux qui le veulent) et les entreprises doivent pouvoir régler selon les besoins du marché et non pas être les victimes de conflits "philosophiques".
En conclusion la fermeture le dimanche des grandes surfaces est un obstacle supplémetaire à la rentabilité et donc la faisabilité d'un projet créateur d'emploi et de services.
Dommage !
 
Abus
    pas intéressant
    intéressant
juin 08, 2009
Avis : +0

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