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Ouverture du dimanche chez Conforama : polémiques sur canapé Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
06-11-2007

Interview : Manuel Marini,
Secrétaire du Comité Central d’Entreprise de Conforama
et délégué central du commerce, de la distribution et des services pour la fédération CGT
.

"Ouverture du dimanche chez Conforama : polémiques sur canapé "
(Oct. 2007)

Article original publié sur le site de l'APEX

Le 14 septembre dernier, Conforama a été condamné, en référé, par le Tribunal de Grande Instance de Pontoise, à payer une astreinte de 50.000 euros par succursale et par dimanche travaillé. 3 des magasins de l’enseigne, situés dans le Val d’Oise, sont concernés par ce jugement en dépit duquel, la direction a maintenu l’ouverture dominicale. Pourquoi ce choix ?

La direction a en effet maintenu sa décision d’ouvrir ses trois magasins de Garges-lès-Gonesse, Herblay et Saint-Brice-sous-Forêt le dimanche, en toute illégalité, et ce malgré le jugement rendu par le tribunal de Pontoise. Elle envisage d’ailleurs de négocier avec d’autres enseignes en Île de France, notamment Ikéa et Alinéa, un aménagement de la loi sur la seule région parisienne. S’opposant ainsi aux syndicats sur cette question cruciale, la direction n’est pas à court d’arguments. Elle affirme qu’un magasin ouvert le dimanche génère de l’activité, du pouvoir d’achat et des emplois et que la loi de 1906 qui l’interdit est caduque. Elle considère que la fermeture des magasins de l’enseigne le dimanche constitue une atteinte à la liberté des consommateurs de faire leurs courses quand ils le souhaitent. Mais aussi une atteinte à la liberté des salariés pour lesquels les heures supplémentaires travaillées le dimanche représentent un complément de revenu substantiel de 20% dont ils ne pourraient se passer. Considérant par ailleurs que Conforama réalise 23% de son chiffre d’affaires le dimanche, la fermeture dominicale engendrerait, toujours selon la direction du groupe, un manque à gagner dont les répercussions sur l’emploi pourraient s’avérer désastreuses.

En tant qu’élu du Comité Central d’Entreprise et délégué central, comment réagissez-vous à ces affirmations ?

Dans cette affaire surmédiatisée, Conforama représente un lobby qui se bat depuis des décennies pour ouvrir ses magasins 7 jours sur 7 et faire changer la loi. À ce jour 5 autres enseignes : Casa, Alinéa, Fly, Crozatier et Atlas ont également été condamnées par décision judiciaire à fermer leurs portes le dimanche. L’ouverture dominicale des magasins dépasse donc le simple cas Conforama. À l’heure où, le gouvernement annonce qu’il va légiférer, début 2008, en faveur d’une dé réglementation généralisée des ouvertures le dimanche, elle pose plus que jamais un vrai problème de société qui dépasse les querelles d'épicier. Ce qui est en jeu, c’est l'éducation des enfants, l'équilibre des couples et de la vie de famille. On reproche à certains parents de “démissionner” face à l’échec scolaire de leurs enfants, faute de temps consacré à leur éducation, mais sont-ils les seuls responsables ? Comment concilier les charges de famille avec des horaires de travail contraignants et incompatibles ? Enfin, les salariés sont-ils vraiment volontaires pour travailler le dimanche comme l’affirme la direction ? S’ils acceptent cette contrainte, c’est d’abord parce la direction de Conforama ne leur laisse pas le choix. Si l’on en croit d’ailleurs le récent sondage de BVA, réalisé en 2006 sur le travail du dimanche, 74% des salariés seraient contre. Pour toutes ces raisons, les syndicats sont farouchement opposés à la dé réglementation du repos dominical. Le dimanche doit rester le jour de repos des salariés, conformément aux lois en vigueur ; les lois de la république et les décisions de justice doivent être respectées et le rôle des pouvoirs publics est d’y veiller. Les magasins doivent être fermés le dimanche pour toutes les enseignes, qu’elles se situent en région parisienne ou ailleurs en France et les primes du dimanche intégrées au salaire pour tous.

L’argument avancé par les enseignes est toujours celui de la concurrence déloyale instaurée par ces interdictions au cas par cas. Est-il légitime et existe-t-il, selon vous, une alternative à l’ouverture du dimanche ?

Pour la direction de Conforama, comme pour celles des autres enseignes concernées, la polémique autour de l’ouverture du dimanche serait “sectorielle et régionale” plus qu’idéologique. Ce sont, selon elles, les modes de vie des Franciliens qui rendent les ouvertures du dimanche indispensables, ce qui ne vaut pas forcément pour le reste des Français. Mais l’autre argument qui prévaut est celui de la concurrence déloyale. Fly, Atlas, St-Maclou : les autres enseignes d’ameublement ouvrent le dimanche, “pourquoi pas nous donc” s’insurge la direction. Mais est-ce là une raison suffisante pour bafouer le code du travail et mettre en danger l’équilibre économique des magasins concernés en les exposant à la liquidation des astreintes fixées par le tribunal ? Pour nous, élus, le problème de la concurrence, tout comme celui de la perte de chiffre d’affaires du dimanche invoqué par notre direction ne sont pas des arguments économiques valables. En 1982, par exemple, Conforama a pris la décision de fermer tous ses magasins de province. Pour autant, leur rentabilité n'en a pas souffert et les salariés ont conservé leurs primes qui ont été intégrées au salaires. Quant aux 23% de CA réalisés le dimanche, ils pourraient se reporter en semaine, ce qui contribuerait à créer des emplois et non à en supprimer. Soyons sérieux : à l'heure des 35 heures et des sites marchands sur Internet, la bataille de nos directions pour l'ouverture du dimanche est dépassée. Ouvrons nos magasins moins longtemps et améliorons nos services aux clients. Tout le monde se portera mieux ! Quand nos dirigeants se plaignent de concurrence déloyale, parce que d'autres enseignes contournent la loi et ouvrent illégalement le dimanche, ils devraient penser au petit commerce qui, à longueur d'année, subit cette concurrence déloyale des grandes enseignes, donc la leur. Plutôt que de payer des astreintes, ils feraient mieux de rejoindre les syndicats et, avec les moyens financiers inutilement gaspillés, d’attaquer les enseignes qui ne respectent pas la loi. En attendant, Conforama occupe le terrain des médias à outrance et bénéficie d'une publicité gratuite dont le coût aura été largement supérieur au montant des astreintes qu'ils vont devoir payer.

Que diriez-vous pour conclure ?

Je tiens à réaffirmer que la majorité des salariés de Conforama est opposée au travail du dimanche et que ce n'est pas en finançant des manifestations “bidons” et en organisant le black-out de leurs magasins que la direction du Groupe et les patrons arriveront à leurs fins. La balle est désormais dans le camp des salariés et de leurs syndicats, qui doivent réagir et se battre contre cette forme d'esclavage moderne dont le seul but est d'utiliser l'outil de production 7j/7 et 365 jours par an pour plus de rentabilité apparente. Le pouvoir d'achat n’est pas en rapport avec la durée d'ouverture des magasins, y compris le dimanche et les jours fériés ! Après le lundi de Pentecôte, le dimanche sera bientôt un jour travaillé sur tout le territoire, pour le secteur du commerce. Mais à termes, c’est tout le monde du travail qui pourrait bien être concerné. Autrement dit, les consommateurs du dimanche risquent fort d’être les salariés du dimanche de demain !

Commentaires (2)add comment

vincent lecourt said:

Votre commentaire est particulièrement intéressant puisqu'au delà de la polémique sur la question de fond, il montre qu'entre un droit inscrit dans la Loi et son application, il n'y a pas de garantie effective, d'autant qu'il vous sera difficile de faire la preuve de vos allégations.

Si aujourd'hui toutes les sociétés dans l'illégalité (et elles sont nombreuses) prennent le risque de verser 7.500 Euros par salarié et par dimanche, vous comprendrez aisément que ce n'est pas un litige individuel qui va leur faire peur.

Ce n'est pas l'inscription d'un texte dans la Loi mais son effectivité sur le terrain qui caractérise l'existence d'un droit.

Ecrivez donc à M. Mallié qui est rapporteur de sa proposition de loi, à MM. Chatel (fin connaisseur si on s'en tient à l'amendement Debré) et Bertrand qui travaillent sur ce texte.

La seule garantie envisagée consiste à porter dans la loi que le salarié est volontaire et aura un droit au refus. Ce droit n'est pas même sanctionné et n'affecte que le droit à carrière mais pas celui à rémunération

Demandez lui ce que vous pourrez faire dans un cas de chantage comme celui-là et quels seront vos recours ? S'il vous répond que vous pourrez aller devant le Conseil des Prud'hommes, je peux vous apporter la démonstration que tel ne sera pas le cas si votre employeur est un tant soit peu adroit et que vous n'êtes pas en mesure de faire la preuve de ce chantage.

Plus, si une prime de fin d'année est conditionnée au fait d'accepter de travailler le dimanche, elle sera en effet parfaitement légale et non discriminatoire. C'est le principe même de la majoration de salaire qui est invoquée pour contre balancer la contrainte supplémentaire que constitue le travail du dimanche.

Si vous êtes dans le Val d'Oise, vous pourrez toujours demander à la CFDT de vous assister...
 
Abus
    pas intéressant
    intéressant
octobre 01, 2008
Avis : +4

nom said:

Je suis employé comme vendeur dans un grand magasin qui ouvre quelques dimanches par an! j' ai toujours entendu dire que le travail le dimanche était soumis a un volontariat du salarié et non a une obligation; or, nous, on peut eventuellement ne pas venir travailler les dimanches, mais , on nous a fait comprendre que si on ne viens pas les dimanches, on pouvait " s'assoir sur notre prime de fin d'année" !!!!!
et je pense que c'est frequent dans les entreprises de faire subir ce chantage au salariés!!!
 
Abus
    pas intéressant
    intéressant
septembre 30, 2008
Avis : +8

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