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Le travail du dimanche en question

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Repos dominical : l’escroquerie (Agoravox) Suggérer par mail
13-10-2008

Un article très engagé d'Agoravox, 13/10/08, par Alain Renaldini (Parti socialiste)

Comment faire pour détourner l’attention des Français d’une crise qui montre les limites de la doctrine économique libérale sarkozyenne ? Comment faire pour que le cochon de contribuable s’intéresse à autre chose qu’à la manière dont on va le plumer pour renflouer nos amis banquiers ?

 

A ces questions importantes, Sarkozy attendait une réponse précise et c’est Chatel qui s’y est collé. Bien obligé car le ministre du Commerce a beaucoup à se faire pardonner : il s’est longtemps défini comme un libéral, considérant que la concurrence est le meilleur moyen de rendre l’économie florissante. En cela, il se plaçait dans la droite ligne d’Alain Madelin et de Démocratie libérale.
En ces temps de crises financières, ça fait tache !
Donc il s’est mis au boulot en ravivant la querelle sur le travail du dimanche, un sujet tombé en désuétude, mais qui peut resservir. Ce qu’on appelle un "marronnier"... et c’est parti : branle-bas de combat... Au boulot et que cela saute... La presse nous soutient...

D’abord un beau discours, toujours le même : la liberté du travailleur de travailler quand il le veut. En voilà un argument qu’il est beau. En voilà un argument qui tient la route...
Car il ne vous aura pas échappé, à vous, salariés, que le patron n’a pas son mot à dire : c’est le salarié qui décidera en toute liberté s’il a envie d’ouvrir la boutique le dimanche ou non.
Soit Chatel croit en ce discours et c’est donc un fieffé imbécile, soit il sait que c’est du pipeau et c’est donc une crapule.
Je pencherais personnellement pour la seconde hypothèse...

Car qui dans le monde du travail, où le rapport de sujétion à l’employeur est la base de la discussion, peut croire un instant qu’un salarié sera à même d’aller à l’encontre des décisions de sa hiérarchie, sans en subir immédiatement les conséquences funestes. "Ah oui, Monsieur, je comprends que vous vouliez ouvrir la boutique le dimanche, mais moi, ça le fait pas parce que je préfère aller à la campagne avec mes gosses, voyez-vous. Alors votre proposition, c’est non..." La distance entre le salarié récalcitrant et l’ANPE se raccourcit...
Pire, imaginez à l’embauche : "Voilà, vous avez postulé pour un emploi chez nous et votre dossier a retenu notre attention. Malgré vos quatre mois de chômage, nous sommes prêts à vous donner votre chance... Seulement nous sommes ouverts le dimanche. Cela vous pose-t-il problème ?"

C’est ça votre liberté de choix, M. Chatel. Votre ignorance crasse de ces choses aurait bien une excuse : le salariat vous ne l’avez connu que dans les hautes sphères du groupe L’Oréal...

Deuxième angle d’attaque : le sondage. Quel institut ? On s’en fout, ils appartiennent tous à des amis...
63 % des Français pour l’ouverture des magasins le dimanche... Bingo...
Sauf que la question c’est "Etes-vous pour l’ouverture des magasins le dimanche ?" et non : "Voulez-vous travailler le dimanche ?" Nuance...

Et les ballots qui souhaitent pouvoir faire du shopping dans les zones artisanales le dimanche n’imaginent pas que ce sont eux, leurs femmes, leurs enfants ou leurs amis qui seront au boulot derrière les comptoirs quand ils baderont devant... Ou qui conduiront les bus qui mèneront le chaland dans les temples de la consommation. Ou qui garderont les enfants des "lécheurs de vitrines"...
Certes il y aura des compensations : "désolé belle-maman, vous ne pouvez pas venir dimanche, je travaille..." Et de nouvelles organisations : "Dites donc, la fiesta de samedi soir, si elle pouvait se terminer avant 22 heures ce serait bien : le lendemain je bosse..."

Troisième angle d’attaque : le volet économique. Si mon magasin ouvre le dimanche, je ferais plus de chiffre d’affaires et je pourrais embaucher. N’a-t-on pas honte d’énoncer de telles stupidités ? Car, enfin, les besoins en acquisition des Français sont finis et ne seront alors que répartis sur sept jours au lieu de six, mais sans augmenter la masse globale. Le dimanche, le Français consomme ce qu’il a engrangé en semaine. Et s’il va faire ses courses le dimanche ce ne sera pas pour acheter plus, mais pour changer son rythme d’acquisition. Donc le gain global sera neutre. A qui veut-on faire croire que, si les Français thésaurisent, c’est parce qu’ils n’ont pas le temps de dépenser leurs sous car les magasins sont fermés le dimanche ?

Il faut être bien crétin pour croire que l’ouverture le dimanche sera une augmentation du chiffre d’affaires d’un septième... Et pourtant c’est bien ce qu’on nous raconte.

Devant de telles balivernes assénées avec l’aplomb du bonimenteur le moins scrupuleux, comment opposer les arguments sociologiques : destruction de la cellule familiale pour laquelle le dimanche est le seul moment de retrouvailles familiales, déliquescence du lien social, augmentation de l’individualisme...

Au moment où la crise montre les limites de la vénération sans retenue du Dieu Argent, voici qu’on nous pousse, sur la foi de dogmes économiques erronés à renoncer à une période de repos méritée qui permet le mieux vivre et le lien social, pour gagner quelques misérables primes vite absorbées par la stagnation salariale...
Bravo les crapules...

Alain Renaldini

Commentaires (1)add comment

illy said:

Bravo Alain, enfin du bon sens et une parole claire !
 
Abus
    pas intéressant
    intéressant
octobre 18, 2008
Avis : +4

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