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Rabbin Ph. Haddad : Repos n’est pas paresse Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
22-06-2009

LA CROIX, 20 juin 2009.

Par le rabbin Philippe HADDAD.

La Bible met en garde contre la paresse et la négligence dans l'activité professionnelle. Au paresseux, le Livre des Proverbes conseille (bien avant La Fontaine) d'imiter la fourmi afin de ne pas tomber dans le dénuement : « Va vers la fourmi, paresseux, observe ses façons d'agir et deviens sage. Elle n'a ni maître, ni surveillant, ni supérieur ; elle prépare sa nourriture durant l'été, elle amasse ses provisions durant la moisson » (Pr 6, 6-8). L'excès inverse, qui traduirait une boulimie de travail, ne trouverait pas plus grâce à ses yeux. D'où l'importance du chabbat. Ce mot signifie « cessation », plutôt que « repos » : Dieu cesse son œuvre créatrice le septième jour et fonde par ce repli le jour central du calendrier israélite. Du coup, ce jour donne à penser la dialectique travail-cessation : une activité sans répit ôterait toute possibilité de prendre conscience de ses actes et d'en examiner la valeur.

Travailler, produire, être efficace sont des mots clés de notre économie de marché, en même temps qu'une bénédiction en temps de crise. Pourtant, un travail sans repos, sans possibilité de se retrouver avec sa famille, avec sa communauté, avec soi causerait autant de préjudices psychologiques qu'une mise au chômage.

Certes, la notion de retrait n'a pas bonne presse dans un monde qui pousse à investir. Mais le retrait n'est-il que frustration ? Un temps de prière, de méditation sera noté nul sur l'échelle de la productivité, mais hautement coté dans l'échelle de l'être. Par les voies de la sécularisation, le repos chabbatique ou dominical a pris les habits des loisirs, quand nos contemporains affrontent les bouchons pour mériter quelques douceurs au soleil, pour « ne rien faire ». Mais que se passe-t-il quand des hommes sont réunis pour ne pas produire ? Ils créent de la relation, de la parole, de l'échange. Le savoir-faire professionnel peut se muer en savoir être ensemble.

Le juif à travers le chabbat et le chrétien à travers le dimanche proclament la valeur ultime de l'humain, qui ne peut être réduit à une machine de production. L'homme, créature divine, trouve autant sa dignité à bonifier la terre par son action qu'à s'en retirer par un jour voué à la prière. Juifs et chrétiens ont ensemble à porter ce message biblique : le travail de l'homme s'exprime d'abord dans celui de s'accomplir dans son humanité.
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