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Le travail du dimanche en question

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Matérialisme, versus repos dominical (Permanence) Suggérer par mail
05-02-2009

Contre le matérialisme, préserver le repos dominical !

Revue Permanence, Décembre 2008

Législation • Malgré le report de la proposition de loi UMP sur le travail dominical, il convient de rester vigilant...

Si la CFTC «se réclame et s'inspire de la morale sociale chrétienne»1, elle est un syndicat laïque, nulle­ment lié par les préceptes du catéchis­me de l'église catholique. Ne pas être lié ne veut pas dire être opposé ou in­différent, quand ce catéchisme affirme que le dimanche «jour du seigneur est le jour de l'assemblée liturgique par excellen­ce, le jour de la famille chrétienne, le jour de la joie et du repos du travail»2. La concep­tion du dimanche défendu par la CFTC est en harmonie avec celle de l'église.

Pour nous le repos dominical est ce temps dans la semaine où la vie écono­mique est mise entre parenthèses pour favoriser la vie familiale, associative, personnelle, religieuse. Ce temps, qui est traditionnellement, en Occident, ce­lui du dimanche, est régulièrement at­taqué par les partisans du matérialisme marchand, cette forme contemporaine d'adoration du veau d'or. Ce que la CFTC et beaucoup d'autres défendent avec le repos dominical, ce n'est pas un simple et nécessaire temps de repos, c'est une civilisation au sens premier du terme, c'est-à-dire faire pas­ser une collectivité à un état social plus évolué, plus humain.

Déjà au XVIIe siècle, certains beaux es­prits prônaient le travail sept jours sur sept afin, disaient-ils, «d'enrichir la socié­té». La révolution leur donna raison en abolissant le repos dominical, réduisant par la même l'homme à un rôle d'ani­mal économique. Au XXIe siècle leurs héritiers voudraient nous faire croire que la France irait mieux si l'on pouvait pousser le caddie tous les jours.

En 1906, la chambre laïque de la sépa­ration de l'Eglise et de l'Etat fixa dans la loi le principedu repos dominical. Principe non figé, puisqu'en un peu plus d'un siècle, nombre d'exceptions de bon sens sont venues confirmer la règle.

Aujourd'hui, l'enjeu c'est l'ouverture des grandes surfaces le dimanche, les partisans de la déréglementation s'ap­puyant principalement sur l'idée de li­berté et du fait accompli.

Pour la CFTC, il n'y a pas de véritable liberté sans la diversité, or la générali­sation de l'ouverture des grandes surfaces le dimanche, c'est la destruction du commerce de proximité, les gran­des surfaces «cannibalisant» les parts de marché.

Adieu les marchés traditionnels du dimanche matin quand la grande dis­tribution pourra ouvrir le jour du Sei­gneur. Adieu aussi la diversité des sour­ces d'approvisionnement; l'exemple de l'édition devrait nous alerter : au fur et à mesure que disparaissent nos libraires de quartier, les maisons d'édition indé­pendantes s'éteignent.

L'artisan ou le petit commerçant peu­vent-ils ouvrir sans interruption, sept jours sur sept ? N'ont-ils pas droit, eux aussi, à une vie de famille, à une vraie vie sociale ? Comment peuvent-ils résis­ter à la formidable pression marketing des grandes surfaces ? Comme cette publicité diffusée dans le Val d'Oise, promettant moins 50% sur les jouets achetés le dimanche - et uniquement le dimanche - dans les magasins Leclerc. Qu'en sera-t-il de la libre concur­rence, quand il n'y aura plus de concurrence ?

Faudra-t-il un nouvel impôt pour payer les minibus qui devront amener les per­sonnes âgées faire leurs emplettes dans les centres commerciaux, quand nos centres-villes, nos bourgs et nos villages seront complètement désertifiés ?

Socialement, comme le déclarait Renaud Dutreil quand il était Ministre des PME, l'ouverture des commerces le di­manche entraînerait «la destruction de centaines de milliers d'emplois», destruc­tion non compensée par des créations de postes dans la grande distribution.

Quant à la liberté de choix du salarié, elle est imaginaire. Le demandeur d'em­ploi a-t-il le choix si on lui propose un contrat de travail avec une clause stipu­lant qu'à la demande, il devra travailler le dimanche ? Le salarié du commerce a-t-il le choix quand il sait que son refus aura pour conséquence de mettre en péril son emploi ou de se retrouver le plus mal placé pour la prise de congés et les augmentations de salaire ?

Le gros des troupes de la grande dis­tribution est constitué de mères de fa­mille, employées à temps partiel (salai­re net moyen mensuel : 750 €). Dans ces conditions, a-t-on la liberté de dire oui ou non pour travailler le dimanche ?

Il est à noter que ceux qui ont légale­ment le droit de travailler le dimanche et des moyens financiers qui les auto­risent à exercer librement ce droit, font très largement le choix du repos domi­nical. Combien de cabinets médicaux sont ouverts le 7° jour, en dehors des périodes de garde obligatoire ?

Enfin, le fait que de grandes enseignes ouvrent illégalement depuis des années, démontrerait que cela est «une évolution sociétaie inéluctable». Mais c'est la volon­té, le courage ou la lâcheté des hommes qui fait la société et non un hypothéti­que sens de l'histoire. Quant à cette légi­timation de la violation de la loi, elle est irrecevable. Le grand groupe qui ne res­pecte pas la règle commune au prétexte que cela permet de faire du chiffre, n'est pas plus justifiable que le pickpocket qui, lui, vole aussi pour faire du chiffre.

Des sondages indiquent qu'un grand nombre de nos concitoyens serait favo­rable à l'ouverture de commerces le di­manche. Mais, outre que personne ne s'oppose à l'achat du croissant le diman­che matin avant de faire son marché, la vraie question est «voulez-vous person­nellement travailler le dimanche ?» et là, une écrasante majorité répond non ! Doit-on souhaiter aux autres ce que l'on ne désire pas pour soi-même?

L'équilibre entre bien commun et pul­sion individuelle mérite que l'on ré­frène des mécanismes économiques aveugles ou des désirs de consomma­tion immédiate, pour laisser s'épanouir la vie familiale, les liens sociaux et la vie spirituelle. Le respect du repos domini­cal permet de briser l'enchaînement qui réduit l'homme à sa dimension maté­rielle. Voulons-nous préserver cette li­berté essentielle ?

Joseph Thouvenel

(1) Article 1 des statuts de la Confédéra tion Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC).
(2) § 1193 du Catéchisme de l'Eglise Catholique.

Commentaires (3)add comment

jean marie béranger said:

http://salariesdugrandcercle.over-blog.com/

C'est la loi de l'offre et de la demande...
 
Abus
    pas intéressant
    intéressant
février 25, 2009
Avis : +0

Abdelkrim said:

A une salariée "libre"
Toujours est-il que l'employeur avec le soutien des pouvoirs public se contre-fiche de la loi. Un bel exemple pour les autres. Acceptons tous les actes de délinquance.
 
Abus
    pas intéressant
    intéressant
février 23, 2009
Avis : +2

une salariée libre qui travaille le dimanche said:

Message destiné à la CFTC :
Vous dites "pour la CFTC il n'y a pas de véritable liberté sans la diversité, or la généralisation de l'ouverture des grandes surfaces le dimanche, c'est la destruction du commerce de proximité, les grandes surfaces "cannibalisant"les parts de marché."

Si la véritable liberté, c'est la diversité, acceptez que certains refusent de travailler le dimanche (ce que je peux tout-à-fait concevoir) et que d'autres le souhaitent - ne soyez pas réfractaires à tout et surtout à la liberté de chacun.
La grande surface qui m'emploie est une grande surface de bricolage en région parisienne, elle est ouverte le dimanche depuis 35 ans. Quand ce magasin a ouvert, il n'y avait aucun petit commerce de bricolage dans le coin, il n'a fait tort à personne.

Arrêtez un peu avec le jour du seigneur. Vous vous revendiquez comme laïques, ce qui est logique, les temps changent. Je suis catholique pratiquante et je vais à la messe le samedi soir même quand je ne travaille pas le dimanche.

Vous plaignez les petits commerçants qui ont droit, et vous avez raison, à une vie de famille. Je suis fille de commerçants, mes parents travaillaient, comme presque tous les commerçants, jusqu'à 14 ou 15 heures par jour et cela n'a jamais empêché la vie de famille (plutôt nombreuse puisque nous étions 7), le partage et l'amour ; c'était juste un choix de vie de la part de mes parents.

Ne dites pas que la liberté de choix est imaginaire et qu'un demandeur d'emploi n'aura pas le choix si on lui propose un contrat de travail avec une clause stipulant qu'il devra travailler le dimanche...
D'une part, actuellement, il y a des grandes surfaces de bricolage qui stipulent dans le contrat de travail que le salarié devra travailler un dimanche sur trois, ça a le mérite d'être clair, on n'est pas obligé de signer si on ne veut pas travailler le dimanche, même si on est demandeur d'emploi. Ceci étant, il m'est arrivé d'être demandeur d'emploi, j'en ai profité pour suivre une formation mais j'ai accepté un emploi moins bien payé que le précédent. Il faut bien penser que tout ne "tombe pas tout rôti". Oui, c'est difficile de se retrouver au chômage, mais il ne faut pas attendre, il faut être dans l'action, la vie est difficile et la période est difficile. Mais arrêtez de ramer à contre courant. Plus que jamais, les salariés auront besoin des syndicats car il est bien évident qu'en période de crise, il peut y avoir des abus, mais défendez des causes justes, ne dites pas non à tout sous prétexte que le pays est dirigé par la droite.
Je travaille dans une grande surface de bricolage où le contrat de travail ne prévoit pas de travailler le dimanche, si on veut travailler le dimanche, on s'inscrit, il n'y a aucune obligation, c'est uniquement du volontariat et je reconnais que c'est une chance. Certains salariés (dont des femmes) aiment bien travailler 1 ou 2 dimanches par mois par exemple de 9h à 14h. Elles passent l'après-midi en famille et parallèlement elles prennent le mercredi en repos ce qui est bien pratique avec les enfants. Lorsque nous travaillons le dimanche, nous avons 2 jours de repose en semaine, nous avons donc tout à gagner.

D'autre part, si le texte de loi passe, il ne pourra plus y avoir de contrat de travail stipulant qu'à la demande, le salarié devra travailler le dimanche, puisque ce sera uniquement sur le volontariat. Là, vous aurez un gros travail à faire, je pense que s'il est facile de vérifier que les salariés seront payés double le dimanche (actuellement certains ne le sont pas même si c'est déjà le cas pour moi), il sera plus difficile de vérifier qu'ils sont bien volontaires, là encore ce sera à vous d'être en soutien pour les salariés concernés.

Je vous rappelle que le texte de loi prévoit de régulariser l'ouverture des magasins qui étaient déja ouverts de longue date avant que FO ne décide de les attaquer et je puis vous assurer que c'est le souhait des salariés. Même dans notre magasin, certains sont contre, mais comme personne ne les oblige à travailler, tout va bien.

 
Abus
    pas intéressant
    intéressant
février 11, 2009
Avis : +0

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