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Xavier Bertrand, Ministre du Travail, s'est prêté ce lundi 30 juin à l'exercice du "talk" - que l'Académie nous pardonne - , interviouve en direct mélangeant les interviouveurs.
Exercice difficile à l'orateur dont le discours n'aurait pas été ciselé au millimètre au cours de media-trainings à répétition, sous l'oeil attentif des coaches en communication, ce qui n'était pas le cas de Xavier Bertrand. A éviter soigneusement tout risque qu'une sincérité excessive lui aurait fait courir, entre les idées fraichement démoulées du prêt à penser moderne - peut-être apprises au Grand Orient ? -, et les affirmations lénifiantes du genre "je ne suis là pour faire de polémique avec personne", notre quadragénaire médiatique de ministre aura réussi l'épreuve, sur le plan de la forme.
Sur le fond, abordant le sujet du repos dominical, Xavier Bertrand a posé quelques affirmations ...très approximatives. Extrait du talk. |
Un article publié par Le Figaro du 1/7
[...] Pénibilité, on peut aussi parler du travail le dimanche, négociation totalement en panne là aussi ? Le vrai sujet, c'est qu'on ne peut pas en rester là. On ne peut pas rester dans la situation actuelle parce qu'il est important d'expliquer ce qui va se passer. Des salariés vont se voir interdire de travailler le dimanche alors qu'ils sont candidats, qu'ils sont justement désireux de travailler le dimanche. Cela veut dire que des décisions de justice ont été prononcées en vertu des lois existantes. Le préfet a confirmé qu'il ne pouvait pas aller au-delà et vous allez avoir des salariés qui voudraient travailler le dimanche qui en seront empêchés et qui vont perdre 100, voire 200, voire 300 euros par mois. C'est impossible. Avec une réglementation qui est à bout de souffle.
Le commentaire de Travail-Dimanche : Si la cohérence du propos n'est pas facile à saisir, s'agissant d'une transcription orale, le Ministre a l'air de regretter qu'il ne soit pas permis à tout volontaires de travailler le dimanche, que des décisions de justice aient condamné les contrevenants, et qu'il soit regrettable que les contrevenants perdent leur prime.
Pourrions nous remarquer, plutôt, que si le corps social adopte démocratiquement des règles qui sont censées lui apporter une cohérence, il est normal que ces règles comportent quelques obligations. Trouverait-il normal que, puisque certains sont volontaires pour travailler de nuit, ou 45 heures par semaine pour un tarif moindre que le SMIC, l'autorisation leur en soit donnée ?
Lorsqu'ensuite un Ministre se plaint de ce que les Lois soient appliquées, c'est d'autant plus surprenant - au dela de l'appel à l'anarchie de ce représentant de la République - que justement, sur ce sujet, l'Etat s'est montré d'un laxisme... qui lui a beaucoup rapporté !(en taxes et impôts divers des centres commerciaux ouverts illégalement).
Enfin, il serait facile d'estimer démagogique le propos selon lequel le Ministre serait ému de la perte de prime des salariés concernés. D'abord parce que la diminution du pouvoir d'achat touchant davantage les électeurs que les élus, il est difficile d'imaginer que ce souci les préoccupe vraiment, hors visée électoraliste. Ensuite, parce que le Ministre fait son propre procès : est-il normal, dans notre société, d'être obligé de travailler le dimanche pour boucler ses fins de mois ?
La faute à qui ? La réglementation est à bout de souffle ! Aujourd'hui, dans une société qui évolue, il faut pouvoir avec une loi qui donne des garanties, mais une loi qui donne davantage la liberté de choix. Nous pouvons à mon sens définir ces nouvelles perspectives. Richard Mallié, qui est député des Bouches-du-Rhône, a déposé un texte, une proposition de loi. Il faut qu'elle soit discutée le plus rapidement possible.
Le commentaire de Travail-Dimanche : Au nom de quoi la règlementation serait "à bour de souffle" ? Voilà une affirmation sans preuve, portée par une image forte. En terme de communication, c'est très bon, mais à double tranchant : quand le destinataire du discours découvre que l'image forte n'est pas soutenue par un argumentaire valide, cela peut se retourner contre l'émetteur.
Au contraire de Xavier Bertrand, nous pensons que cette règlementation, si elle existe depuis 1906, parmi un corpus législatif et reglementaire en perpétuelle ébullition, c'est qu'elle a fait la preuve de son équilibre et de son réalisme, permettant le travail du dimanche dans les circonstances qui le demandent ou sont utiles, mais préservant la règle commune dans les autres cas.
Il faut remarquer que la proposition de loi Mallié, mal venu sur ce dossier puisqu'il est juge et partie (M Mallié agit en promoteur de facto des intérêts des grandes marques de Plan de Campagne alors qu'il est député du Rhône) ne fait qu'ajouter à cette loi des dérogations supplémentaires dont l'équité est très discutable, alors que le nombre de dérogations et leur prétendue "absurdité" sont décriées par les promoteurs du travail 7/7.
Si Xavier Bertand évoque une loi qui donnerait plus de garanties avec une liberté de choix, le dernier épisode législatif sur le repos dominical, le vote de l'amendement Confokéa, a donné aux distributeurs de meubles la liberté de pouvoir ouvrir le dimanche avec la garantie d'avoir la disponibilité de leurs salariés. Peut-être Xavier Bertrand n'a-t-il pas eu le temps de préciser à qui il souhaitait donner plus de garanties ?
Le gouvernement appuiera cette proposition ? Oui, bien évidemment parce qu'il est important qu'on ait ce débat sur le travail du dimanche. Il ne s'agit pas d'obliger à travailler le dimanche car ce n'est pas un jour comme les autres. Mais quand vous avez des salariés qui souhaitent le faire, à qui on peut donner la possibilité de refuser de travailler le dimanche et si c'est mieux payé, vous ne croyez pas que ça vaut la peine qu'on en discute ? Je pense que si.
A quel horizon ? Le plus tôt possible. La balle est dans le camp des parlementaires du groupe, notamment, du groupe UMP pour pouvoir inscrire ce texte. Il est attendu par des milliers et des milliers de salariés. Il ne s'agit pas de faire n'importe quoi. Ce n'est pas un jour comme les autres, mais quand même il faut aussi permettre des évolutions et des souplesses [...]
Le commentaire de Travail-Dimanche : La position du Ministre est difficile à tenir. D'un côté, il affirme que le dimanche n'est pas un jour comme les autres, et de l'autre il fait tout son possible pour qu'il devienne comme les autres, allant jusqu'à promettre des primes aux salariés, pour mieux faire passer la pilule, dans une logique mercantile assez réductrice.
Cerise sur le gateau, lorsqu'il affirme que cette loi serait attendue par des milliers de salariés, il oublie que ce sont des centaines de milliers qui n'en veulent pas : 88% des français veulent préserver le dimanche comme jour de repos commun, consacré à la vie personnelle, familiale ou associative (sondage BVA, 06/06).
Alors, pour qui travaille Xavier Bertand ?
(Talk complet sur le lien "lire la suite") |