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35 heures, travail du dimanche, un air de déjà vu ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
08-12-2007

Regardez bien ce qui se passe pour les 35 heures : 

Première phase, on réduit le temps de travail des salariés, pour leur bien être, pour partager le travail. 

En échange les patrons obtiennent :

- le principe de l'annualisation du temps de travail qui permet d'adapter les horaires des salariés aux contraintes économiques avec des semaines creuses et des semaines plus travaillées,

- une modération salariale, les organisations syndicales ayant accepté, contre le maintien du salaire, de modérer leurs revendications les années suivantes, ce qui a été fait. Il suffit de regarder les accords de branche concernant les minimas conventionnels depuis 2000,

- des réductions de charges sociales, au détriment des comptes sociaux. 

Le deal initial : moins de travail pour les salariés avec la même rémunération, plus de flexibilité pour les entreprises. 

Le résultat : des gains de productivité énormes (rapport entre le temps de travail et la production de chaque salarié), un salaire maintenu mais pas augmenté pour amortir le passage aux 35 heures (prime d’ARTT qui disparaît au fil des ans) et une plus grande souplesse pour les entreprises.

 

Deuxième phase, maintenant que les salariés sont beaucoup plus productifs, ont bien été pressés comme des citrons (regardez les suicides sur les lieux de travail et les salariés qui se plaignent à la Médecine du Travail de la dégradation de leur santé), bien flexibles, peu rémunérés, le gouvernement veut faire sauter les 35 heures en permettant aux employeurs de les faire travailler plus.

 

Les patrons obtiennent :

- la conservation des avantages précédemment cités (annualisation, productivité, modération salariale),

- de nouvelles exonérations de charges sociales, sur les heures supplémentaires, de nouveau au détriment essentiellement des comptes sociaux pas de ceux de l’Etat,

- la possibilité de retirer aux salariés tous les avantages obtenus précédemment à l’initiative de chaque employeur.

 

En échange, ils n'ont aucune obligation et peuvent ne pas donner d'heures supplémentaires, n'en donner qu'à certains salariés et pas aux autres.

Que reste t-il aux salariés ? Un avantage fiscal assez mince qui finira par disparaître au nom de la réalité de la dette publique, à condition qu'on leur donne des heures supplémentaires, la possibilité de "monétiser" leurs RTT, pour ceux qui en ont et si le patron le veut bien. 

En réalité, le bilan social est bien mince. Il permet simplement de parler de rémunération globale au lieu de salaire. Il y aura ceux qui bénéficient de ces mesures et les autres qui ne verront rien venir, les recours massifs aux heures supplémentaires au lieu d'embauches dans certains secteurs (plus faciles d'emploi et bien moins chères) 

C’est la flex-sécurité du MEDEF : flexibilité, je fais ce que je veux sans autre contrainte que celles de la production, la sécurité, la mienne puisque je ne dois de compte à personne. J’ai beau chercher, je ne vois aucune sécurité pour le salarié…

 

Que pourrait-il se passer pour le dimanche en suivant ce bel exemple : 

Première phase, on le banalise tout en maintenant une rémunération majorée. On maintient le principe du "volontariat", sans donner la moindre garantie qui permette de le rendre effectif. 

"Regardez, il est inscrit dans la Loi, c'est bien suffisant, les entreprises la respecteront", sans doute comme elles respectent le cadre légal actuel. 

Le deal : travaillez le dimanche, vous gagnerez plus 

Résultat : Le jour de repos commun des salariés saute. Le salarié gagne plus en termes de rémunération mais en réalité son salaire reste le même.  

Il devient toujours volontaire, ce n'est pas difficile, les commentaires sur le site et sur d’autres le démontrent. Quelques recettes simples permettent d'y parvenir :

- il suffit de prévoir au contrat de travail quand il est embauché une déclaration de volontariat, on évince alors les non volontaires, (j’en ai déjà vu une dans un dossier)

- on le punit en le lui refusant lorsqu'il en a besoin pour payer ses factures (j’en ai déjà vu des exemples avec des délégués du personnel),

- on continue de maintenir des salaires à leur montant qui ne lui laissent pas d'autre choix économique et on refuse de les négocier,

-  on promeut ceux qui ont l'esprit maison, belle et grande tradition imparable d’un point de vue juridique puisqu’on affronte une preuve impossible...

 

Deuxième phase, une fois entré dans les mœurs, on fait sauter la majoration au motif de l'égalité des salariés. 

Réfléchissez : Qu'est-ce qui justifie un régime spécial pour le dimanche ? 

C'est au nom de cette même égalité qu'a lieu la réforme des régimes spéciaux de retraite, un alignement toujours dans le même sens de situations "égales". 

Que direz-vous alors ?

Le jour du seigneur, mais "nous sommes dans un état laïc et républicain."

Le jour de repos des enfants, mais "il y a le mercredi et le samedi (bientôt selon le Ministre de l'Education Nationale)"

L'ancien temps, mais "il est révolu, nous sommes en 2008". 

Pour y parvenir, je prendrai même un salarié pour pousser le cynisme à son comble à qui je ferai faire un recours sur la violation du principe "à travail égal, salaire égal." 

Résultat, le dimanche sera devenu un jour comme les autres, pas plus payé et le salaire n’aura pas évolué. Les salariés n’auront plus le choix.  

La société française sera alors sans âme.

feed3 Commentaires
bim bam boum
décembre 12, 2007
Avis : +0

Cette fois ci, ce sont les salariés concernés qui ont reçu le baiser de la mort.

Bien roulés, les volontaires, il n'y a aucune contrepartie imposée aux enseignes et pas de volontariat au programme.

Il y a fort à parier que ce n'est pas M. BERTRAND qui va dénoncer le processus.

A qui le tour ?

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Abus
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    intéressant
vinent lecourt
décembre 12, 2007
Avis : +0

Voici le texte de l'amendement déposé à la demande du gouvernement 'en annexe' à ce commentaire.

Regardez bien et admirez cette belle manoeuvre de régularisation d'une situation illégale. J'espère que cela va donner des idées au gouvernement dans sa manière de traiter les étrangers en situation
irrégulière...

C'est également la preuve que les droits des salariés, on s'en fiche, malgré tout ce qui a été dit et répété dans la presse depuis cer derniersjours.

Il n'y a pas aucune contrepartie financière prévue (où est le salaire majoré de 100% dont il était prétendument question ?)

Il peut être imposé à tous (Il n'y a pas de volontariat dans le cadre de cet article).

Il n'y a eu aucune concertation sociale sur cette question contrairement aux promesses du gouvernement.

Ce texte c'est une vraie bombe contre le repos dominical et contre le petit commerce des secteurs concernés, une victoire des contrevenants, du cynisme et de l'hypocrisie...

Qu'est-ce qui va justifier que cette extension constante et de plein droit ne s'applique pas aux autres secteurs ? Si vous vous en tenez aux motifs, l'intérêt des consommateurs prime. Il n'y a rien sur les motifs du "volontariat des salariés". Il n'y a aucune situation litigieuse ou de difficulté juridique mais simplement des situations illégales. Appelons un chat un chat.

En attendant l'examen attentif de l'équilibre délicat, le gouvernement préfère passer en force, sans même attendre le rapport du CES ou de la moindre étude (voir les articles du Monde à ce sujet sur le débat entre économistes). Où est l'urgence ?

Comment réévaluer par la suite ou revenir en arrière alors que les enseignes brandiront la menace de la chute des rémunérations et de la suppression des emplois ? Bel exemple de politique expérimentale... A quoi sert de consulter après ?

Où est la réflexion sur les conséquences environnementales et les engagements du Grenelle de l'environnement dont on nous a vanté le succès, sur les petits commerces et je préfère en passer.

Il reste à voir avec quel courage politique les parlementaires vont s'emparer de cette question et si l'intérêt général peut passer avant des intérêts particuliers des grands groupes tels que PPR et IKEA...

Vincent Lecourt


Projet de loi

Consommation
(1ère lecture)
(URGENCE)
(n° 109 , 111 )

----------------------------------------------------------------
AMENDEMENT
présenté par Mme DEBRÉ

et les membres du Groupe Union pour un Mouvement Populaire

--------------------------------------------------------------------------------

ARTICLE ADDITIONNEL APRÈS ARTICLE 5 QUATER

Après l'article 5 quater, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Après l'avant-dernier alinéa (14) de l'article L. 221-9 du code du travail, sont insérés trois alinéas ainsi rédigés :

« 15. Etablissements de commerce de détail d'ameublement ;

« 16. Etablissements de commerce d'équipement de la maison ;

« 17. Etablissements de commerce de bricolage. »

Objet

L'évolution des modes de vie, en particulier dans les grandes agglomérations, a fait naître une forte demande sociale de fréquentation des établissements de vente de détail de meubles, des établissements de commerce d'équipement de la maison et des établissements de commerce de bricolage, pour lesquels les achats s'effectuent le plus souvent le week-end et en famille.

Des situations litigieuses sont apparues, notamment en Ile-de-France, où des salariés qui souhaitent travailler le dimanche ne peuvent le faire.

Cependant, la réglementation relative au travail dominical et ses dérogations et contreparties sont le fruit d'un équilibre délicat dont les évolutions supposent un examen attentif.

Sans bouleverser l'état de la législation existante, il était néanmoins nécessaire de répondre tout à la fois aux difficultés juridiques rencontrées et au souhait exprimé par les salariés volontaires de pouvoir travailler le dimanche.

Ces dispositions pourront ultérieurement être réévaluées, complétées ou modifiées en fonction des réflexions qui vont être engagées sur le travail dominical dans les prochaines semaines et des résultats de la négociation qui sera conduite avec les partenaires sociaux. Soulignons notamment la remise imminente d'un rapport par le Conseil économique et social, dont l'avis devrait donner un éclairage intéressant sur la question du travail le dimanche.

NB :La présente rectification porte sur la liste des signataires.

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Abus
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michel
décembre 10, 2007
Avis : +0

Et dans tout cela un avantage suprême, maintenir le système de la lutte des classes, cher à nos patrons.
« Sachent donc ceux qui l?ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu?ils prennent, qu?entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c?est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. Le droit est l?épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. »
R.P. Henri-Dominique Lacordaire


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