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Carabistouilles

La question du travail du dimanche pour tous a été soulevée à l'initiative du Docteur Mallié, dentiste de son état, mais également député, avec une quantité réjouissante de carabistouilles, dignes du renom des arracheurs de dents. A la décharge du Docteur Carabistouille, il faut reconnaître qu'il avait été instrumentalisé à loisir par l'Elysée.

Mais il n'a pas été le seul, loin s'en faut, à aligner approximations, fausses vérités et vraies erreur. Chacun se souvient de l'indépassable sketche des Champs Elysées, interprété par Nicolas Sarkory (le président français qui précédait Hollande).

En effet, cette question intéresse au plus haut point un certain nombre d'intérêts pas toujours démocratiques, mais aux moyens considérables, qui peuvent facilement se payer de temps en temps un sondage biaisé, un article de propagande, ou un interview partisan.

Cette section a pour objet de rassembler les meilleurs extraits de ces carabistouilles.

 



Pierre Gattaz en clown Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Carabistouilles

Nous classons dans la catégorie carabistouilles les propos de Pierre Gattaz, s'exprimant au nom du Medef, sur le travail du dimanche.

En effet, il aligne ici une série réjouissante de niaiseries, qui ne laisse pas d'étonner de la part d'un dirigeant de grande entreprise.

Contre-vérités, truismes, arguments spécieux, morale à deux balles, mauvaise foi, et même insinuations malveillantes, tout y est. Un interview d'anthologie. Nous allons lui écrire, et publierons sa réponse.

La Dépèche, 1/10

Comment réagissez-vous au débat national sur le travail du dimanche qui s’est emparé du pays ?

Pierre Gattaz, président du MEDEF. Mon obsession, c’est l’emploi. On devrait gérer notre pays à l’aune de la création d’emplois et donc de la compétitivité. Tout ce qui détruit de l’emploi est une mauvaise solution. ça vaut pour le travail le dimanche, pour les mesures environnementales, les loyers… toutes ces lois qui sont en cours. Sur le travail du dimanche, c’est la quadruple peine: pour les clients et pour la filière touristique; pour les salariés qui auront un manque à gagner jusqu’à 300 euros nets par mois; pour les entreprises qui vont perdre 20 à 30 % de chiffre d’affaires; et bien sûr pour l’emploi. Dans un contexte de crise, empêcher les gens de bosser c’est insupportable !

Comment jugez-vous l’action du gouvernement sur ce dossier du dimanche?

Il a réagi très vite devant l’ampleur de la contestation: je dis bravo! Réformer ce mille feuilles du travail le dimanche doit devenir une urgence. Avoir nommé Jean-Paul Bailly sur ce dossier est une bonne chose. Le gouvernement a su saisir la balle au bond. Au Medef, on souhaite dans l’idéal que ce soit dans l’entreprise qu’on décide, avec les salariés, de travailler ou non le dimanche. Il faut laisser aux partenaires sociaux, l’espace pour discuter. On peut aussi discuter au niveau des branches comme pour les magasins de bricolage. La loi ne doit intervenir qu’en ultime recours.

Que penser de l’action des syndicats dans l’affaire Sephora des Champs élysées ?

Je trouve surprenant d’aller à l’encontre des salariés volontaires au travail dominical. Dans cette affaire, un avocat s’est fait une spécialité d’aller réclamer des astreintes à la Justice pour financer des syndicats. Quand on instrumentalise à tel point la Justice, on est à la limite du système.

Selon vous, la «valeur travail» reprend-elle pied en France ?

Je l’espère. En tout cas, à la vue de la grande émotion soulevée par la polémique du travail dominical, on peut penser que les Français y sont attachés. Depuis les 35 heures, notre pays a fonctionné en mettant à mal le travail. Il y a une petite inflexion mais tout cela reste tellement fragile. Le travail, c’est la dignité humaine alors qu’en France on l’a longtemps considéré comme l’exploitation de l’homme par l’homme.

 
Ouverture des commerces de proximité le dimanche : un faux débat ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Carabistouilles

Il y a de temps à autres des petits champions de la désinformation. Sur ce point, l'article ci-dessous est un petit chef d'oeuvre représentatif de l'exercice. Qu'il soit paru sur un site des Echos est regrettable, et illustre la limite des publications de collaborateurs incompétents.

Il est construit sur trois idées, toutes fausses :

  • le travail du dimanche serait "une réponse à la crise de l'emploi". Première énorme contre-vérité : nul n'a jamais démontré que le bilan net du travail du dimanche était positif. Ce serait plutôt le contraire.
  • il faut accompagner les "mutations sociales du XXI° siècle", c'est le sens de l'histoire, le progrès, ma pauvre dame. Sans voir qu'à la base du fameux "sens de l'histoire", il y a la volonté des hommes, en l'occurrence celle des représentants de la grande distribution, et un rapport de force entre des employeurs et de salariés, en l'absence du rôle arbitral de l'Etat.
  • les salariés seraient "favorables au travail du dimanche". Là encore, il s'agit d'un mensonge. D'une part, si dans certains endroits certains salariés, sous une certains pression de leur encadrement, s'y déclarent favorable, les multiples situations inverses démontrent le contraire. Par ailleurs, les opinions favorables ne sont liées en général qu'aux avantages temporaire retirés momentanément de cette situation.

Les Echos, 19/4

LE CERCLE. S’il y a bien un serpent de mer dont la France n’arrive pas à se défaire, c’est bien la question de l’ouverture des commerces le dimanche. Les premiers concernés (salariés, consommateurs, touristes et entrepreneurs) la réclament et chacun s’accorde pour dire qu’elle est une des réponses à la crise de l’emploi.

SUR LE CERCLE
  • 10/04/2013 | 08:45

    Laissez les magasins de bricolage ouvrir le dimanche !

    la suite
  • 13/02/2013 | 16:54

    Ouverture dominicale des magasins de bricolage : les consommateurs solidaires des salariés

    la suite

Une croissance en berne : de la nécessité de réformer

La croissance du PIB sur l’année 2012 aura finalement été nulle, mais cela n’a pas surpris grand monde. Alors que la courbe du chômage s’élève inexorablement, que les usines continuent de fermer, que la perspective d’un soutien communautaire à la croissance s’éloigne, la France s’installe chaque jour davantage dans le déclin. "Croissance nulle", "stagflation", "déclassement", nos responsables politiques n’ont pas fini de se faire des cheveux blancs dans cette année qui commence.

L’idée d’un sursaut salutaire pour en finir avec les rigidités qui grèvent notre modèle économique fait son chemin. Dans le panel des outils à disposition de nos gouvernants pour renouer avec la croissance, il est un chantier qui mérite d’être achevé : celui de l’ouverture des commerces le dimanche. En débat depuis de longues années, mais sans que de véritables solutions aient été trouvées, il présente l’avantage de concilier bénéfices économiques et revendications sociétales.

Les pays les plus en crise de la zone euro ont montré la voie en libéralisant la législation portant sur le travail dominical, et en laissant le choix aux entrepreneurs et commerçants d’ouvrir ou non ce jour-là. C’est ainsi que Madrid a pu s’imposer comme une destination privilégiée du "tourisme-shopping" du dimanche, au grand dam de Paris. Car si la France reste la première destination touristique du monde avec 80 millions de visiteurs annuels, elle n’est que la troisième en termes de recettes, derrière les États-Unis et l’Espagne justement. Mettre cela uniquement sur le compte de l’ouverture dominicale est sans doute excessif, mais il ne fait pas de doute que le phénomène y participe. Une certaine clientèle de touristes fortunés commence à délaisser Paris pour d’autres capitales, Londres ou Madrid, accessibles en peu de temps, et plus accueillantes que nous ne le sommes. À l’heure des week-ends et des séjours courts, quel intérêt y a-t-il à séjourner dans une ville quand les rideaux de ses boutiques sont baissés ?

Accompagner les mutations sociales du XXIe siècle

Les réticences françaises à l’ouverture dominicale sont anciennes et c’est bien là leur principal défaut. L’organisation sociale a considérablement évolué ces dernières années. La famille du 19 ou du 20e siècle où les femmes faisaient les courses la semaine n’est plus la norme dominante. Aujourd’hui, heureusement les femmes travaillent pour beaucoup d’entre elles. L’explosion des divorces fait que de nombreuses familles sont monoparentales. Par ailleurs, les exigences de la vie professionnelle sont plus importantes avec notamment des temps de transport allongés pour se rendre à son travail. Bref, faire ses courses en semaine ou même le samedi est difficile. Ces mutations sociales ne sont pas à prendre à la légère. Alors faut-il pour autant imposer le travail du dimanche dans les commerces ? Certainement pas et ce n’est pas notre propos. 

Des salariés favorables à l’ouverture dominicale

Pour le salarié, l’intérêt du travail dominical à la condition qu’il soit fondé sur le volontariat est de gagner en liberté dans l’organisation de son temps de travail. Il est aussi financier dans la mesure où le salaire horaire est majoré les dimanches. Dans le cas particulier, mais fréquent des salariés étudiants, le travail dominical peut aussi constituer la seule opportunité d’emploi rémunéré, pour financer une vie étudiante dont le coût ne cesse d’augmenter, loyers en tête. Enfin pour le consommateur, en particulier lorsqu’il habite une grande agglomération, l’ouverture des commerces le dimanche permet de lisser les activités extraprofessionnelles sur d’autres créneaux que les samedis, ou les soirées, déjà surchargées. 

La mission principale des syndicats étant la défense des intérêts des salariés, il ne fait pas de doute qu’ils y perçoivent aussi en filigrane les prémisses d’une réforme gagnant-gagnant si elle est bien négociée. Pourquoi les syndicats ne pourraient-ils pas anticiper le mouvement en obtenant des avantages pour les salariés qu’ils défendent ?

Si débat il doit y avoir, il ne doit pas porter sur le principe du travail dominical déjà largement accepté et pratiqué dans les faits dans des pans entiers de l’économie (usines devant tourner 24 h/24, services publics, restaurants, parc de loisirs, musées, etc.), mais sur l’encadrement de son exercice. En dépassant les postures idéologiques, il est possible de concilier assouplissement de la législation du travail, hausses des rémunérations et pérennisation de l’emploi, au bénéfice de tous. Reste à espérer que nous ne raterons pas cette étape nécessaire pour faire entrer notre pays dans le monde économique moderne.

 
Travail dominical: salariés rassemblés Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Encore une manifestation sponsorisée par la grande distribution... Et en avant les tee-shirts gratuits, les demi-journées de congé "manif", et les arguments prémâchés. No comments.

Le Figaro, 17/4

Une centaine de salariés se sont rassemblés mercredi à Paris devant le théâtre Marigny, près de l'Elysée, pour défendre le travail dominical, a constaté une journaliste de l'AFP.

La plupart habillés d'un tee-shirt blanc proclamant "oui à l'ouverture le dimanche", côté poitrine, et "Yes week-end", dans le dos, les manifestants, majoritairement employés par les enseignes de bricolage Castorama et Leroy Merlin, revendiquaient "leur droit à travailler le dimanche".

"On veut sensibiliser le gouvernement à travailler à notre cause. Trois membres du collectif, qui réunit 47 magasins, ont pu avoir un accès à l'Elysée pour remettre trois de ces tee-shirts", a affirmé à l'AFP Emilie Montjanel, étudiante en Master de commerce et marketing.

 

 
Ouverture dominicale des magasins de bricolage : les consommateurs solidaires des salariés Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Carabistouilles

Voilà encore un excellent article de propagande, dû à l'excellente plume de M. Frédéric Pelouze, avocat chez Bredin et président d'OpenConso, une sorte de 50 millions de consommateurs liftée. 

L'analyse de son discours est une mine d'enseignements pour les petits docteurs Carabistouille.

En rouge dans le texte, nos commentaires.

Les Echos, 13/2/13 LE CERCLE. par Frédéric Pelouze

Ouverture dominicale des magasins de bricolage : les consommateurs solidaires des salariés

On commence très fort, avec une épaisse contre-vérité en guise de titre : en effet, Frédéric Pelouze sous-entend que puisque les consommateurs ET les salariés veulent travailler le dimanche, c'est que tout le monde veut que tous les magasins de bricolages soient ouverts le dimanche. Il en oublie juste les conséquences et les impacts : combien de personnes voulant acheter un marteau sont-elles volontaires pour travailler elles-même le dimanche ?

Depuis plusieurs mois les consommateurs franciliens ne peuvent plus se rendre dans certains magasins de bricolage le dimanche, le jour pourtant dédié par excellence au bricolage. Pourquoi ? Le syndicat Force ouvrière (FO) a obtenu en justice de Bricorama qu’il ferme désormais le dimanche ses points de vente en région parisienne.

Et on poursuit dans la même veine. Selon l'auteur, les consommateurs "ne pourraient plus", comme si c'était la guerre ! Il pourrait aussi dire que les automoblistes ne "peuvent plus" stationner sans ticket de stationnement, ou que les dealers ne peuvent plus dealer sans risques. Il affirme ensuite que le dimanche est le jour par excellence dédié au bricolage. Et le samedi ? Et le soir ? Et les vacances ? Et le foot ? Et la famille ? Puis "Le syndicat FO a obtenu en justice que". Là, il sous-entend que FO, tout puissant, ferait sa propre loi, à laquelle le syndicat aurait soumis la justice. Entendre cela de la part d'un avocat de profession est effarant, mais atteint son objectif : présenter FO comme un perturbateur du confort des bricoleurs du dimanche.

 

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Les nouveaux enjeux de l'ouverture des magasins le dimanche Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Voilà un article qui démontre à quel point le travail du dimanche est un choix de société. Mais les arguments de l'auteur sont tellement fallacieux, eu égard à sa qualification, que cet article est très probablement un article de commande.

Dans ces lignes, l'auteur estime donc qu'il est du devoir de Paris, capitale touristique, d'ouvrir le dimanche, pour complaire aux caprices de richissimes touristes qui viendraient tout exprès en France pour acheter des sacs Vuitton... le dimanche seulement.

Cet argument relève davantage de la propagande que de l'économie : l'auteur se garde bien de chiffrer la proportion des touristes suffisamment aisés pour aller acheter un sac chez Vuitton, et celle, infiniment plus nombreuse, des touristes qui se contentent d'une petite tour Eiffel ou d'un souvenir de Notre-Dame. Le CA concerné est d'autre part davantage impacté par les frais de voyage, hébergement et restauration, que les frais annexes. A tant faire, et puisqu'il ne craint pas le ridicule, M. Bertrand pourrait aussi affirmer que les voitures françaises se vendraient mieux en ouvrant les concessions le dimanche !

Et dans les "points à retenir" - in cauda venenum - , censés être des vérités incontestables, nous trouvons des affirmations aussi fantaisistes que "la problématique de l'ouverture dominicale des commerces est lourde d'enjeux pour la France" (houla, on a très peur ! C'est effarant qu'une nation aussi retardée que la notre, au point de se reposer un jour par semaine, attire autant de touristes. Peut-être que l'auteur n'avait pas pensé que les touristes ne viennent pas tous pour faire des courses le dimanche en France ? Ou peut-être estime-t-il qu'il en va de l'avenir économique du pays de sa transformation en vaste centre commercial ouvert 7/7 24/24 pour les émirs quatariens, les miliardaires russes, les magnats chinois, et les trafiquants de tous les pays ?), ou encore "les dirigeants des grands magasins parisiens [...] militent de longue date pour un assouplissement de la réglementation" (il a du se tromper de mot : il ne s'agit pas d'un assouplissement, mais d'une dérogation. Mais il a la gentillesse de nous éclairer sur les personnes dont il sert aimablement les intérêts), et, cerise sur le gâteau, la promesse de création de 1000 emplois à temps plein par ces aimable philantropes du boulevard Haussmann. Ben voyons. Et les destructions d'emplois chez les concurrents ? Et les emplois précarisés ? Et les compressions d'effectifs qui succéderont à ces créations ? Et les divorces et les problèmes familiaux ? De petits oublis ?

En revanche, il est vrai que l'ouverture tous les dimanche serait financièrement intéressante pour les magasins du boulevard Haussmann organisés en un lobby qui a largement les moyens de se payer les bons office d'un journal de renom (d'autant que si possible, zone touristique aidant, les salariés ne seront pas intéressée aux profits supplémentaires). Cherchez à qui profite l'article...

Les échos, 8/2/13

La France et sa capitale exploiteraient bien mieux leurs attraits touristiques si leurs magasins avaient le droit d'ouvrir le dimanche.

Le diagnostic est clair : la France, première destination touristique mondiale avec 80 millions de visiteurs par an, ne se classe que troisième derrière les Etats-Unis et l'Espagne sur le plan des recettes. En 2011, selon une étude publiée en juin par le ministère de l'Economie, les touristes ont dépensé 38,7 milliards d'euros dans l'Hexagone, contre 83,5 milliards aux Etats-Unis et 43 milliards en Espagne. Et c'est, à la fois, la qualité de l'hébergement hôtelier qui déçoit une partie de la clientèle étrangère - notamment celle issue des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) -, mais aussi… « l'offre de shopping ». C'est dans ce contexte que les dirigeants des grands magasins parisiens du boulevard Haussmann se battent pour obtenir le droit d'ouvrir le dimanche leurs temples de la mode et du luxe, au-delà des 5 ouvertures exceptionnelles auxquelles ils ont droit chaque année, dérogations qu'ils utilisent au moment des fêtes. Selon l'un d'entre eux, les portes closes du Printemps et des Galeries Lafayette en temps normal exaspéreraient tellement les Russes, les Chinois mais aussi les riches ressortissants du Moyen-Orient que certains tour-opérateurs leur organiseraient le dernier jour de la semaine des « virées shopping » à Londres ou à Madrid…

De fait, Paris, est aujourd'hui une ville-monde, reliée à d'autres villes-monde, comme Londres, par des moyens de transport ultrarapides, avion ou TGV, qui raccourcissent l'espace, comme l'explique le philosophe Michel Serres. Des villes concurrentes pour lesquelles le commerce est un enjeu, comme le prouve le fait que, à Madrid, une nouvelle réglementation laisse désormais à l'appréciation de chaque propriétaire ou gérant de magasin la possibilité d'ouvrir ou non le dimanche.

Le débat, qui porte plus globalement sur les amplitudes horaires, le soir notamment, comme l'a rappelé la récente affaire du Sephora des Champs-Elysées, n'est pas ignoré par Sylvia Pinel, la ministre, qui réunit sous son autorité à la fois le commerce et le tourisme. Peu après son entrée au gouvernement, elle déclarait devant le Conseil du commerce de France : « Je souhaite que des synergies puissent se développer entre les secteurs du commerce et du tourisme, qui ont tout à gagner à évoluer ensemble. »« De nombreuses clientèles originaires d'Asie, du Moyen-Orient, d'Amérique latine ou de Russie lient très directement tourisme et shopping », reconnaissait-elle encore en juin dernier. Depuis, rien ne s'est passé. Et aucune volonté de remettre en chantier la loi Mallié sur l'ouverture dominicale n'a été manifestée. Cette loi, voulu par Richard Mallié, député des Bouches-du-Rhône jusqu'en 2012, pour régulariser la situation du centre commercial de Plan-de-Campagne, a été une avancée. Elle a créé les périmètres d'usage de consommation exceptionnelle (puce), où, comme dans les zones classées touristiques, les magasins peuvent ouvrir le dimanche. Mais elle laisse aux maires le pouvoir de décider in fine. C'est ainsi qu'à Paris, par la volonté de Bertrand Delanoë, le boulevard Haussmann n'est pas une zone touristique.

Pourtant, l'Alliance du commerce, les Galeries et le Printemps auraient une justification économique à ouvrir 52 dimanches par an. Selon le syndicat professionnel qui regroupe les magasins de centre-ville, le manque à gagner pour les deux enseignes se situe entre 168 millions d'euros par an - soit 7 % de leur chiffre d'affaires -, dans le bas de la fourchette et 10 %, soit 240 millions d'euros, dans le haut.

Aux Galeries Lafayette du boulevard Haussmann, la clientèle étrangère représente 50 % des ventes, et les seuls Chinois, environ 20 %. Rien ne peut mieux justifier que la coupole, qui vient de fêter ses cent ans, constitue un réel lieu touristique. Aujourd'hui, néanmoins, à Paris, sur la rive droite, seuls la rue des Francs-Bourgeois et le Carrousel du Louvre sont ouverts le dimanche.

Socialement, les Galeries sont prêtes à offrir à leurs salariés un « paquet » consistant : compensation salariale pouvant aller jusqu'au doublement du salaire, volontariat, etc. Selon l'Alliance du commerce, le projet d'ouverture dominicale, sur 52 dimanches, du Printemps et des Galeries Lafayette Haussmann, sites qui emploient déjà 7.500 personnes, entraînerait la création de 1.000 emplois à temps plein et à contrat à durée indéterminée. Au niveau national, dans l'hypothèse d'une ouverture moyenne de l'ordre d'une quinzaine de dimanches par an seulement, les études les plus prudentes évaluent les créations nettes à environ 20.000 emplois à temps plein.

« Salariés bradés, dimanches sacrifiés et horaires décalés, temps partiel imposé, c'est assez ! » répondait il y a peu François Manesceau, délégué FO, lors d'une manifestation sur le même boulevard Haussmann. Dans l'ensemble, bien que plus partagés qu'il n'y paraît, les syndicats craignent que le dimanche soit la porte d'entrée à une libéralisation générale des horaires d'ouverture dans les commerces. Face à eux, selon un récent sondage Ipsos, 78 % des habitants de l'Ile-de-France, soit 4 Franciliens sur 5, se déclarent en faveur de l'ouverture dominicale. Une mesure qui n'intéresserait donc pas que les seuls touristes. Elle serait aussi, selon ses partisans, une opportunité de « reconquête » pour les commerces de centre-ville, alors que de nombreuses métropoles françaises ont accompli des efforts remarquables d'embellissement, de restauration du patrimoine et de création architecturale. Un argument sociétal qui s'ajoute aux arguments économiques.

Philippe Bertrand
Chef de service adjoint, chargé du secteur de la distribution


Les points à retenir

  • La problématique de l'ouverture dominicale des commerces est lourde d'enjeux pour la France, première destination touristique mondiale.
  • Les dirigeants des grands magasins parisiens, dont la clientèle étrangère représente 50 % des ventes, militent de longue date pour un assouplissement de la réglementation.
  • S'ils étaient autorisés à ouvrir 52 dimanches par an, ils estiment que cela entraînerait la création de 1.000 emplois à temps plein.
 
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Le travail du dimanche en question :
entre productivité débridée et art de vivre, un vrai choix de société 
Collectif des Amis du Dimanche, 10 rue Denis Poisson, 75017 PARIS