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Carabistouilles

La question du travail du dimanche pour tous a été soulevée à l'initiative du Docteur Mallié, dentiste de son état, mais également député, avec une quantité réjouissante de carabistouilles, dignes du renom des arracheurs de dents. A la décharge du Docteur Carabistouille, il faut reconnaître qu'il avait été instrumentalisé à loisir par l'Elysée.

Mais il n'a pas été le seul, loin s'en faut, à aligner approximations, fausses vérités et vraies erreur. Chacun se souvient de l'indépassable sketche des Champs Elysées, interprété par Nicolas Sarkory (le président français qui précédait Hollande).

En effet, cette question intéresse au plus haut point un certain nombre d'intérêts pas toujours démocratiques, mais aux moyens considérables, qui peuvent facilement se payer de temps en temps un sondage biaisé, un article de propagande, ou un interview partisan.

Cette section a pour objet de rassembler les meilleurs extraits de ces carabistouilles.

 



Lettre ouverte à Eric Brunet Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Carabistouilles

Eric Brunet, avec un aplomb inversement proportionnel à la qualité de son argumentaire, a ouvert une pétition pour soutenir une lettre ouverte qu'il a envoyée au Président de la République.

Pauvre Eric Brunet : même soutenue par BFM, même avec un itw sur RMC, sa pétition a passé péniblement les 10.000 signatures. On a de la peine pour lui.

Ci dessous, les 10 points qu'il a envoyé à François, et nos commentaires, en forme de lettre ouverte (nous lui envoyons, et publierons sa réponse !).

Etienne NEUVILLE
Vice Président du CAD

1. La libération du travail répondrait à l’évolution des modes de vies et aux aspirations sincères et profondes de millions de Français. Le shopping est devenu un loisir, et une occasion de se retrouver en famille. Pour des millions de citadins, les courses sont plus rapides et plus simples à faire le soir et le dimanche.

Ça, M. Brunet, c'est bien le coeur du problème. Il est évident que si vous ouvrez tous les centres commerciaux le dimanche, vous allez contribuer à faire croire à une certaine frange de la population que le shopping est un loisir comme un autre, à la suite de Patrick le Lay, l'homme dont le métier consiste "à vendre du temps de cerveau humain à Coca-Cola". Et ce sont les plus faibles d'entre nous, que vous allez, avec la complicité de la publicité agressive à laquelle ils sont soumis tous les jours, contribuer à réduire en consommateurs passifs. Vous n'aurez pas aidé à les grandir, mais à les abaisser. C'est votre option, pas la notre.

•  2. La libération du travail relancerait l’emploi. Dans un pays où le chômage frappe plus de 3,2 millions de Français, le travail en soirée et le dimanche constitue un réservoir d’emplois considérable. Au Canada, l’emploi a augmenté de 3,1% dans le commerce de détail à la suite de l’ouverture des magasins le dimanche. Aux Etats-Unis, la hausse a approché les 4,5 %. Appliqué à la France qui compte 1,7 millions salariés dans le commerce de détail, une telle hausse signifierait la création d’environ 80 000 emplois.

Soit vous êtes d'une ignorance abyssale en économie, soit vous vous payez la tête de vos lecteurs (ou alors, en bon gascon que vous êtes, vous racontez n'importe quoi, mais avec assurance). Vos prétendues études, dont vous ne citez pas les sources, datent d'une vingtaine d'années, si ma mémoire est bonne, et concernent des pays à l'époque en croissance. Il est évident qu'elles ne s'appliquent pas à notre pays en récession, où la demande est atone et la capacité de production sous-utilisée. Je vous mets publiquement au DEFI de produire ne serait-ce qu'UNE SEULE ETUDE démontrant que le travail du dimanche crée des emplois en France. Tiens, commencez donc par nous monter les "dizaines de milliers d'emplois" que devrait créer la loi Mallié...

• 3. La libération du travail augmenterait le pouvoir d’achat des salariés. Le taux horaire des heures travaillées le dimanche est, en moyenne, majoré de 150 %. Par ailleurs, ces mêmes salariés bénéficieraient de compensations plus importantes en matière de repos hebdomadaire.

Non, elle augmenterait le pouvoir de CERTAINS SALARIES, uniquement.

Renseignez vous d'un peu plus près sur les entreprises qui ont instauré le travail du dimanche, au lieu de vous limiter à la règle de trois dans vos analyses économiques : pour la plupart de ces entreprises, elles l'ont fait à masse salariale égale, en diminuant les horaires et/ou les salaires des autres salariés. Le travail du dimanche augmente la précarité.

•  4. La libération du travail augmenterait le chiffre d’affaire des commerces concernés. Les visiteurs étrangers n’iraient plus à Londres ou à Rome, mais resteraient en France pour leur week-end shopping.

J'aimerais que vous me disiez combien, parmi vos très chics amis, sont allés chercher un foulard Gucci à Rome à cause de la fermeture du magasin de Paris le jour où ils étaient en week-end chez nous. Zéro.

Cet argument traîne dans tous les argumentaires produits par les agences de communication, les Ateliers Corporate en tête, qui sont payées par les grandes enseignes pour faire la propagande du travail du dimanche, mais il n'a aucune réalité.

•  5. La libération du travail répondrait au désir de liberté de chaque citoyen. Le choix du travail dominical ou d’un travail en soirée, s’effectuerait sur la base du volontariat.

Votre conception de la liberté est celle d'un adolescent de la génération Y. Permettez-moi d'oser espérer attendre davantage de vous, qui avez un demi-siècle d'âge, si j'en crois Wikipedia.

D'autre part, à vous qui faites semblant de croire au "volontariat" des travailleurs du dimanche, je peux vous dire, comme patron et employeur de main d'oeuvre, que dans mes entreprises, ce ne sont pas les salariés qui font les plannings. Et que ce n'est pas près de changer.

•  6. La libération du travail serait une mesure égalitaire: la réglementation des heures d’ouverture des commerces impose trop de disparités par branches et par zones. Par exemple, jardineries et magasins d’ameublement sont autorisés à ouvrir le dimanche, en revanche les magasins de bricolage doivent rester fermés. Autre exemple, dans les zones touristiques, c’est au maire de définir les quartiers concernés. Ainsi, à Paris, les Champs-Elysées et Saint-Germain-des-Prés sont classés « zone touristique » mais le boulevard Haussmann ne l’est pas… Les aéroports bénéficient d’une dérogation pour ouvrir le dimanche, mais pas les commerces situés dans les gares…  

Votre notion d'égalité est un peu au même niveau que votre notion de la liberté, et je n'y reviens pas.

Vous mettez cependant le doigt sur l'effet domino que nous avions repéré une dizaine d'années avant vous. En effet, à cause de la porosité des activités commerciales, si on ouvre un secteur, l'ouverture s'étend mécaniquement aux autres. C'est pour cela que, la loi Mallié s'écartant du principe (limitation de l'ouverture aux activités nécessaires à la société), nous avons toujours dénoncé cette aberration. Pour ce qui est de la différence entre les Champs, zone éminemment touristique, et le boulevard Haussmann, zone éminemment commerçante, si vous ne faites pas la différence, je crains que vous n'ayez recopié sans réfléchir le courrier que vous a envoyé l'association Haussmann. Enfin, bravo pour avoir recopié aussi cette injustice intolérable constituée par la situation des commerces de gare : si vous n'aviez pas oublié l’inadmissible enrichissement des syndicats sur le dos des patrons, qui donne des boutons à Nicolas Doze, ainsi que tous ces étudiants, qui ne peuvent étudier que grâce aux bourses d’Ikea, et les sites de e-commerce, outrageusement ouverts le dimanche, vous seriez allé au bout d'une compilation exhaustive, à laquelle il ne manquait plus que l'intelligence.

•  7. La libération du travail ferait évoluer une législation archaïque. Est-il normal que la loi de 1906 établissant le repos hebdomadaire le dimanche, soit encore applicable au XXIème siècle ?

Là, vous avez absolument raison. Et les exemples de cette sorte abondent, comme par exemple celle qui interdit de tuer son voisin, qui date de plusieurs millénaires. C'est scandaleux et révoltant, cet archaïsme. Cette vieille loi de 1906 qui, par son équilibre, a traversé le siècle quasiment sans aucune modification, comme c'est intelligent de l'avoir vérolée par un amendement Debré et une loi Mallié, qui ont mis un bazar tel que quelques années plus tard seulement, il faut revoir le dispositif complètement. Bravo, M. Brunet, vous devriez faire de la politique.

•  8. La libération du travail serait conforme aux principes de la laïcité : le choix du dimanche comme jour de repos fait écho à la tradition chrétienne. Or, dans notre république laïque, le dimanche pourrait être indépendant de toute tradition confessionnelle. Le choix du jour chômé serait du ressort de chaque citoyen.

Vous n'ignorez pas seulement l'économie, mais aussi l'histoire : j'insiste, vous devriez faire de la politique.

Juste deux mots, cependant. Le repos dominical a été mis en place dans l'Empire par Constantin, en 321. A cette époque, il jurait par Jupiter ou Bacchus, comme tous les Romains, mais pas par Jésus. Si les chrétiens ont investi ce jour-là, et qu'il a été supprimé en 1792 puis de nouveau en 1880, il a été rétabli en 1906 non pas par un quarteron d'évêques réactionnaires, mais par une chambre complètement anticléricale, à l'issue de luttes sociales menées notamment par les employés de grands magasins. Vous n'auriez pas voulu, quand même, que la Chambre instaurasse le repos hebdomadaire le mardi, et rétablisse le décadi, tant qu'on y est, puisque Dieu a crée le monde en 7 jours, et qu'elle se devait d'effacer à tout jamais cette marque de l'obscurantisme ?

•  9. La libération du travail renforcerait l’attractivité touristique de la France. Il est paradoxal que notre pays, 1ère destination touristique mondiale, voit ses boutiques des Champs-Elysées, fermer à 21h ainsi que le dimanche. Les touristes sont particulièrement demandeurs de shopping dominical. Les villes de Bordeaux et Marseille se privent de la clientèle des croisières qui fait escale le dimanche. …

Vous savez quoi ? Les touristes ne viennent pas précisément en France pour acheter un parfum à deux balles à deux heures du matin.

L'attractivité touristique de la France, dont vous parlez si bien, repose sur la qualité de son patrimoine, la richesse de son histoire et de sa culture. Citez moi un seul pays, M. Brunet, dans lequel vous êtes allé faire du tourisme à cause des heures d'ouverture de ses boutiques de souvenirs ?

•  10. La libération du travail harmoniserait la loi française avec celles de la plupart des pays européens. La majorité des démocraties européennes disposent d’une législation moins contraignante sur la question du travail en soirée et le dimanche. 

Encore une foutaise que vous avez recopiée sans réfléchir des argumentaires préfabriqués des agences de communcation !

Vous oubliez allègrement, M Brunet, que notre principal allié en Europe, après avoir tenté d'ouvrir le dimanche, est revenu rapidement en arrière. Il s'agit de l'Allemagne. Vous oubliez de dire qu'en Espagne, les grandes surfaces ont le droit d'ouvrir toute la nuit. Vous oubliez de dire qu'en Irlande, toutes les primes de dimanche ont disparu au bout de quelques années de pratique.

C'est cela, le modèle social que vous voulez pour la France ?

Dans l’espoir que vous prendrez en compte cette démarche qui peut améliorer le quotidien de millions de Français, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments les plus sincères.
 
Eric Brunet

 
Travail du dimanche: que la liberté de choix soit garantie ! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Carabistouilles

Nous résistons rarement au plaisir de publier les meilleures carabistouilles qui fleurissent ça et là sur le net.

Voici celle de deux "professeurs de l'Essec", avec nos commentaires dans le texte

La tribune, 19/2

Marc Guyot et Radu Vranceanu, Essec  |   -  925  mots

Le travail du dimanches est profitable à l'économie. La liberté de choix des employeurs et salariés doit être la règle. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec

Le12 février, le Conseil d'Etat a suspendu le décret autorisant provisoirement les magasins de bricolage à ouvrir le dimanche, pour des raisons de procédure et une raison de fond, « l'atteinte au repos hebdomadaire du travailleur qui se fait en principe le dimanche ». Cette décision du Conseil d'Etat, saisi par les syndicats FO, SUD, CGT et SECI au nom de la protection des droits des travailleurs, est à mettre en perspective avec la signature le 23 janvier par les fédérations CFDT et la CFTC du commerce (représentant 49% des travailleurs) dudit accord pour les magasins de bricolage. Ce conflit entre Centrales syndicales révèle que le sujet n'est pas évident et notamment celui de l'intérêt du travailleur, de sa protection et plus généralement de l'éthique du travail dans notre Société.

Le travail du dimanche concerne déjà 8,2 millions de personnes

Au préalable, il est utile de préciser que la question de l'ouverture des commerces le dimanche ne pose pas la question du travail le dimanche mais de son extension. Les adversaires de celui-ci semblent ignorer qu'il concerne déjà 8,2 millions de travailleurs dont 6,4 millions de salariés selon une étude de la DARES de 2012. Le fait de travailler le dimanche existe déjà et donc la question des justes conditions de travail pour les travailleurs du dimanche se pose déjà, qu'on en envisage ou non l'extension.

Première étape de la manipulation : faire croire que les opposants au travail du dimanche méconnaissent les réalités quotidienne, et les faire passer pour des ayatollas intolérants. Facile, mais ça marche encore. 

Un gain macro-économique prouvé par les études

Dans une perspective macroéconomique, plus personne de sérieux ne doute que l'ouverture des magasins le dimanche serait créatrice d'emplois et de croissance. Nous connaissons les conséquences de cette reforme dans des pays similaires au notre, comme les Pays-Bas, le Canada ou les USA. La première année de la libéralisation, le temps total passé à faire des courses a augmenté de 26 minutes aux Pays-Bas. Au Canada, l'emploi a augmenté de 3.1% dans le commerce de détail et aux Etats-Unis il a augmenté de 2% à 6%. Appliqué à la France, cette fourchette d'augmentation correspondrait à une création de postes allant de 34 000 à 102 000 emplois. Selon Marc Touati de ACDEFI l'ouverture de dimanche générerait de 0.2 à 0,3 points de croissance. La raison est simple. La fermeture du dimanche génère des manques d'opportunités de vente qui ne sont pas rattrapées en semaine pour cause de manque de temps. Cela implique que les producteurs subissent une contrainte de débouchés qui se répercute sur l'emploi.

Seconde étape de la manipulation : faire croire qu'il est évident que le travail du dimanche crée de l'emploi. En utilisant pour cela des références obsolètes (USA, Pays bas), ou des affirmations purement fantaisistes (Touati).

Qu'ils nous les montrent, ces "dizaines de milliers d'emplois" qui devaient être crées par la loi Maillié. Nous DEFIONS ces deux "professeurs" de nous monter UNE SEULE ETUDE qui démontre que, dans un contexte de demande étale et de capacité de production sous-employée, un accroissement du temps de consommation crée de l'emploi. UNE SEULE.

Une diminution du bien être

En revanche, l'ouverture dominicale peut engendrer une forme particulière de coût. Le droit du travail garantit un jour de repos hebdomadaire. La question est de savoir si ce jour doit être le même pour tous, en l'occurrence, le dimanche. Si les employeurs décidaient librement du jour de la semaine où le repos devrait être octroyé, il serait possible d'observer des situations où le mari serait libre un mardi et l'épouse un jeudi. Ainsi, le bien-être de chacun serait diminué du fait de ne pas pouvoir passer du temps ensemble. Le fait que le jour de repos obligatoire soit le même pour tous permet donc une meilleure vie de famille et un gain de bien-être, argument mis en avance dans le Rapport Mailly, remis au Gouvernement en décembre 2013.

Ici, le paragraphe truisme : le travail du dimanche est mauvais pour la vie de famille. Nous applaudissons les "professeurs" (qui font au passage une erreur entre Bailly et Maillé, en l'appelant Mailly !) 

 Un sacrifice, mais des compensations

Ce coût éventuel amène donc la question de la moralité, pour des employés, d'accepter de sacrifier le plaisir d'être avec leurs proches pour un revenu supplémentaire. De notre point de vue, dans la mesure où ce choix serait librement consenti, il serait non seulement moralement acceptable, mais encore, il serait immoral de l'interdire. En effet, sur quelle information supérieure relative au bien-être de cette famille, vers quelle finalité et de quel droit le gouvernement, voire les syndicats, peuvent se mêler des choix de vie des familles? La possibilité d'appréciation personnelle sur l'affectation du temps de la semaine entre travailler pour améliorer son quotidien et temps d'intimité familiale n'est pas contraire aux valeurs de notre Société.

Ici, le paragraphe conte de fées : l'histoire de renard libre dans le poulailler libre, histoire à laquelle il serait immoral que l'Etat se mêle ! 

 Le gouvernement doit garantir la liberté de choix individuelle

S'il y a une tension entre les désagréments subis par les personnes amenées à travailler le dimanche et les consommateurs qui bénéficieraient des services rendus possibles par leur travail, ce n'est pas au Gouvernement de trancher en interdisant le travail dominical. Le rôle du Gouvernement dans la bonne Société est de garantir la liberté de choix individuelle, le droit du travail protégeant les employés contre les éventuels abus de la part d'employeurs abusifs. Pour que le travail le dimanche fonctionne en satisfaisant les attentes des employeurs, des employés et des clients, il est donc essentiel de garantir et préserver la liberté des employés de refuser des horaires qui ne leur apparaissent pas en accord avec la rémunération proposée.

Le conte de fées se poursuit  ! Ici, l'histoire du salarié qui pourrait "refuser des horaires qui ne lui apparaitraient pas en accord avec la rémunération proposée." Ca fait longtemps qu'ils n'ont pas été dans une file de pôle emploi, les "profs"... 

Ensuite il est important qu'un travailleur qui aurait accepté de travailler le dimanche puisse revenir sur sa décision sur simple demande. Enfin, il faut une compensation juste au travail dominical sous la forme d'une rémunération horaire supérieure à celle du travail en semaine. Par rapport à ces points, l'accord signé par la CFDT et la CFTC et rejeté provisoirement par le Conseil d'Etat, qui garantissait le volontariat total, la réversibilité, la compensation de chaque dimanche travaillé par deux jours de repos et le doublement minimum de la rémunération horaire était parfaitement dans cette ligne.

Là, l'apothéose du conte de fées : le salarié volontaire qui change d'avis. On voit la tête de son employeur, obligé de refaire ses plannings toutes les semaines, et on imagine bien qu'il va rester sans rien faire !

Deux hypothèses : où ces "profs" sont de sombres crétins, ce qui n'est pas réalistes, où ils savent pertinemment qu'ils racontent n'importe quoi. La question qui vient après, c'est : pourquoi ?

 

 
Travailler le dimanche : une évidence pour Elle Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Carabistouilles

Derrière la question du travail du dimanche se masquent de bons gros intérêts industriels et commerciaux. C'est pour cela que le débat est souvent troublé par des articles relevant de la pure manipulation, comme, on s'en souvient, le fameux sondage bidon du JDD, ou les sondages truqués financés par les marques.

Dernier avatar de ces techniques de manipulation de masse, l'article de "Elle" du 27 décembre 2013, où comment masquer une désinformation sous l'apparence d'une information de type micro-trottoir. Une remarquable analyse du site ACRIMED. 

ACRIMED par Denis Perais, le 19 février 2014

Dans son numéro du 27 décembre 2013, le fleuron des magazines féminins du groupe Lagardère consacrait un article au travail du dimanche. Une belle occasion, pour cet hebdomadaire qui présente la cause des femmes comme un combat prioritaire, d’examiner en quoi les salariées, qui occupent déjà tendanciellement des positions dominées sur le marché du travail, seraient spécifiquement concernées par un élargissement du travail dominical. Une belle occasion également de mener une enquête sociale puisque le nombre de celles qui travaillent le dimanche est déjà loin d’être négligeable [1]. 

Le résultat ? En lieu et place d’une enquête et d’une analyse prospective, un plaidoyer en faveur d’un élargissement à tout prix du périmètre des activités commerciales autorisées à bénéficier d’une dérogation au repos dominical, conforme au « remarquable » unanimisme que nous avions observé dans les médias généralistes sur cette question [2].

L’appel de « Une », repris à l’identique en titre de l’article, affichait la couleur d’emblée : « Témoignages : elles veulent travailler le dimanche ». Pourtant les premières lignes pouvaient laisser quelque espoir, en prenant soin de préciser qu’il y a « d’un côté, les défenseurs du travail du dimanche qui arguent de la nécessité d’arrondir leurs fins de mois et revendiquent la liberté de choisir. De l’autre, les opposants qui s’inquiètent de la perte de ce qu’ils considèrent être un acquis social et qui dénoncent la dérégulation des temps sociaux, le volontarisme contraint et le consumérisme sans limite [et pour qui] la dérégulation du travail le dimanche est la porte ouverte à tous les chantages : face au faible niveau de rémunérations et à l’ampleur du temps partiel subi, les salariés ne pourraient qu’accepter des horaires atypiques pour augmenter leur pouvoir d’achat ».

Bizarrement, les opposants au travail le dimanche, qui avaient pourtant semble-t-il quelques arguments à faire valoir, disparaissent définitivement après cette brève mention. La suite de l’article n’est ouverte qu’aux seuls témoignages de six femmes… favorables au dispositif et salariées d’enseignes ouvertes le dimanche(légalement ou illégalement) : Marionnaud sur les Champs-Elysées, Bricorama, Castorama et Leroy Merlin en région parisienne.

Des « témoignages » à sens unique, donc, pour un article cousu main en faveur de « la cause » du travail du dimanche. Lorsque l’on apprend par ailleurs que les « salariés des grandes enseignes de bricolage se sont organisés en collectifs financés par leurs employeurs  [3qui ont mis à leur disposition une agence de communication pour défendre leur « liberté » de travailler le dimanche  », on se dit qu’avec des médias aussi bien intentionnés c’était là une dépense bien utile…

On ne sait par exemple s’il faut mettre sur le compte de la naïveté ou de l’incompétence l’invocation de « leur choix basé pour chacune surle volontariat  » pour démontrer l’innocuité de la mesure, tant il paraît évident que le volontariat (tout comme la « liberté » si volontiers brandie dans cette polémique), ne peut exister – du moins du côté de la partie dominée – dans une relation salariale totalement asymétrique et inégale.

En tout cas, pour Elle, il va de soi que tout va et ne peut donc qu’aller pour le mieux dans le monde merveilleux du travail du dimanche… objet d’une « préférence » prétendument très libre, que le magazine défend contre les principales centrales syndicales en s’abritant derrière les témoignages qu’il a lui-même sélectionnés – avec au moins trois salariées occupant des fonctions d’encadrement (voir en annexe) – et posant, benoîtement, cette innocente question : « Pourquoi tant de salariées préfèrent-elles zapper le repos dominical malgré la loi et les syndicats ? »

Le véritable problème ici n’est pas que des salarié(e)s puissent défendre leur travail le dimanche, puisque, comme nous le rappelions dans un article publié en 2007 « les conflits relatifs à l’ouverture des magasins le dimanche sont fréquents. Ils opposent généralement, d’un côté des organisations syndicales de salariés et/ou des organisations patronales représentants de petits commerçants et artisans, et de l’autre des responsables de grandes surfaces ou de grandes zones commerciales (Usines Center à Villacoublay, Plan de Campagne à Marseille), soutenus par certains salariés . »

Faire fi de cette réalité et utiliser des témoignages à sens unique pour présenter le travail du dimanche comme une évidence indiscutable relève de la manipulation et de l’escroquerie intellectuelle. Même parti pris sans fard quand l’article affirme qu’« en 2011, 8,1 millions de personnes travaillaient le dimanche, dont 29 % de salariés. Parmi eux, bon nombre de femmes employées dans la grande distribution, les enseignes de jardinage, de décoration ou de bricolage, ou encore dans les boutiques situées dans les zones touristiques. » Déjà plusieurs millions ? Alors un peu plus encore, quelle importance…

À tant vouloir présenter le travail du dimanche comme si naturel qu’il représente l’avenir de toutes (et tous), Elle préfère ignorer ce que même des confrères comme ceux du Figaro, a priori bien peu portés sur « la chose » sociale, signalaient en 2012 : il s’agit d’«  une tendance qui augmente régulièrement depuis la fin des années 1990 et qui s’est accélérée depuis 2002 . En dix ans, la proportion de salariés travaillant le dimanche a grimpé de 4 points, passant de 25 à 29% ».

Hors sujet également dans le tract concocté par Elle, la précarité de la plupart des contrats dans les magasins concernés, les salaires dérisoires, les conditions de travail difficiles, ou la condamnation régulière par la justice de nombreuses enseignes pour violation de la législation sur le travail du dimanche [4], et/ou de nuit [5]. À propos du travail de nuit, qui touche de nombreuses femmes, on notera tout de même à l’attention des journalistes étourdis, qu’il a doublé en vingt ans...

Comme nous l’écrivions en 2007, sur le même sujet, ces malfaçons journalistiques participent « au constant travail de sape contre l’ensemble de la législation sociale mise en place au fur et à mesure de mobilisations sociales d’ampleur. La version journalistique de cetravail insistant et lancinant est dans l’air du temps, puisque plusieurs formations politiques militent, ouvertement ou insidieusement, pour la suppression de toute référence légale à la durée obligatoire du travail avec pour corollaire son augmentation. » Et force est de constater que le gouvernement a étendu il y a quelques semaines l’ouverture des magasins le dimanche aux magasins de bricolage [6]. Suite au dépôt par plusieurs syndicatsd’un recours contre cette décision, elle a été suspendue par le Conseil d’État le 12 février sous les « hurlements » de François Lenglet sur RTL le 13 février, transformé pour l’occasion en porte-parole de l’éditocratie…

Au-delà de l’unanimité des grands médias sur la nécessité de démolir ce qui reste encore du code du travail, on ne peut s’empêcher d’émettre l’hypothèse que ce militantisme échevelé de Elle répond à des intérêts économiques bien compris – si ce n’est à des impératifs vitaux – : la plupart de ses annonceurs sont des marques de luxe ayant pour principaux propriétaires les milliardaires Bernard Arnault et François Pinault (également « tenanciers » de nombre d’autres médias), dont les produits sont écoulés, entre autres, dans les enseignes Marionnaud et Sephora (propriété de Bernard Arnault) ouvertes le dimanche dans les zones touristiques d’affluence exceptionnelle comme les Champs-Elysées ou dans les périmètres d’usage de consommation exceptionnelle (PUCE), qui elles-mêmes font profiter Elle de leurs largesses publicitaires.

Denis Perais 


Annexe : des témoignages triés sur le volet.

Pour convaincre ses lectrices que le travail du dimanche, c’est le bonheur assuré, Elle ne mégote pas sur le choix de ses témoins. Echantillon :

- Virginie : « Quelle vision judéo-chrétienne que de vouloir interdire le travail dominical ! Le dimanche midi autour du poulet rôti, très peu pour moi ! […] Je travaille trois dimanches par moi environ et, si je pouvais travailler quatre dimanches, je serais très contente. » Et Virginie poursuit : « En Allemagne, les magasins ferment le samedi. C’est mortel. » Avant de conclure : « J’aime vivre en décalé. »

- Marianne, est sur le même « longueur d’ondes » : « Vos imaginez, vous, les boutiques des Champs-Elysées fermées ce jour-là ? Ça paraît complètement anachronique d’autant que pas mal de touristes quittent Paris en fin de semaine pour aller faire du shopping à Londres. Car hormis sur les Champs-Elysées, presque tout est fermé ici le dimanche. » Et de préciser : « Travailler en décalé [permet] de vivre à contre-courant [… Dernièrement, j’ai été en formation avec des horaires classiques en semaine. La gare Saint-Lazare à 18 heures, quel enfer ! »

Ironie de l’histoire, ces deux premiers témoignages proviennent de salariées d’une même enseigne : Marionnaud sur… lesChamps-Elysées. Et toutes les deux officient comme… «  manager  ».

- Émilie travaille comme chef de rayon décoration chez Castorama à Créteil, un des poids lourds du secteur. Elle témoigne… en conséquence : « Le bricolage est devenu un loisir pour beaucoup de gens qui n’ont que le dimanche pour en profiter. »

- Sandy, responsable du service clients chez Leroy Merlin à Bois d’Arcy défend logiquement des arguments de vente : « À ceux qui disent qu’il faut une journée sans consommation, je réponds c’est un vœu pieux, car, avec Internet, le commerce, c’est 24 h sur 24 h […] Travailler le dimanche, c’est aussi éviter les bouchons. »

Sans surprise, les témoins défendent la liberté ou, du moins, l’idée qu’elles s’en font. Virginie : « Exiger le maintien du repos dominical, c’est nous imposer le jour où nous devons consommer et celui où nous devons nous reposer. Chacun devrait être libre de choisir. » Sandy : « Il faut qu’ils nous laissent libres de choisir. » Christine, conseillère de vente chez Bricorama à Villiers-sur-Marne : « Je suis en colère contre ceux qui nous empêchent de travailler. »

Sans surprise non plus, cinq des six témoins soulignent qu’elles sont mieux payées. Marianne précise que c’est «  payé double. » Sandy : « C’est surtout un moyen d’augmenter de plusieurs centaines d’euros nos paies, avec un impact direct sur nos primes. On vient d’acheter une maison, et ce supplément de salaire n’est pas là juste pour les extras. » Christine : « Je suis à moins d’un an de la retraite, si je n’avais pas travaillé le dimanche, le montant de ma pension de retraite serait misérable : moins de 900 euros par mois. Là, je peux espérer 1 300 euros. » Émilie : « Le dimanche, on est payé envions 150 euros de plus. En travaillant un dimanche sur deux, ça me permet de passer de 1 450 euros nets à presque 1 800 euros. » Laïla, hôtesse de caisse chez Bricorama : « Aujourd’hui, travailler ce jour-là, c’est une façon dedonner un coup de main aux miens. En gagnant un peu plus d’argent, j’aide ma mère qui vit avec ma petite sœur. »

Mais Laïla, à la différence des autres, laisse entrevoir l’autre face de la médaille : « C’est vrai que si les salaires étaient plus élevés, peut-être qu’on ne se poserait pas la question du travail le dimanche. » Avant d’afficher son incrédulité : « Mais franchement, je ne crois pas trop à l’augmentation des salaires dans un avenir proche.  »

Quant aux syndicats, ils ne bénéficient d’aucune mansuétude. Émilie : « Au lieu de lutter contre par principe, ils [les syndicats] devraient en citant une loi de 1906 [7], ils devraient surtout agir pour faire en sorte que nous devenions un modèle pour les autres puisqu’ici, chaque dimanche travaillé est sur la base du volontariat et majoré à 150 % avec nos repos compensateurs. » Christine, conseillère, surenchérit : « Je suis en colère contre ceux (les syndicats] qui nous empêchent de travailler. »

Notes

[1Selon l’INSEE, en 2010, 27,5 % des femmes travaillaient habituellement ou occasionnellement le dimanche – contre 28,6 % des hommes.

[2] Comme le rappelait judicieusement Gilles Balbastre dans son article « Eternel refrain du travail du dimanche » paru dans Le Monde diplomatique du mois de novembre 2013, le travail médiatique visant à étendre le temps travaillé au dimanche dure depuis plus de vingt ans.

[3] L’article omettra soigneusement de préciser que tous les salariés des enseignes en question ne se sont pas joints à ce mouvement et qu’un certain nombre d’entre eux restent opposés au travail le dimanche.

[4] Si l’hebdomadaire informe bien ses lecteurs des contours de la législation en la matière dans un encart « Ce que dit la loi », il ne s’attarde pas sur les régulières condamnations judiciaires de différentes enseignes pour sa violation. Est simplement mentionné qu’ « en novembre, la cour d’appel de Paris a autorisé Castorama et Leroy Merlin à ouvrir le dimanche, mais pas leur concurrent Bricorama, contraint de fermer ses magasins le dimanche après une plainte du syndicat FO ».Satanés syndicats…

[5] Sephora (propriété de Bernard Arnault) a ainsi été condamné par la cour d’appel de Paris le 23 septembre 2013 à fermer son magasin des Champs-Elysées à 21 heures tous les jours et pas à minuit en semaine et une heure du matin les samedi et dimanche, comme il le faisait jusqu’alors au mépris de la loi.

[6] Voir le décret n° 2013-1306 du 30 décembre 2013.

[7] Celle du 13 juillet de cette année établissant le repos hebdomadaire en faveur des employés et ouvriers.

 
Jacques Attali contre la France Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Carabistouilles
On ne présente plus Jacques Attali, parfait représentant d'une certaine "élite". Dans cet article publié par Slate, il s'en prend violemment au repos dominical, avec des arguments savamment mensongers.

Qu'on en juge. Il y affirme que la question du travail du dimanche ne se pose qu'en France, tous les autres pays du monde travaillant allègrement le dimanche. C'est faux. Il y affirme que tout le monde y a intérêt. C'est faux. Il y affirme que le travail du dimanche crée de la croissance et de l'emploi. C'est archi-faux. Il y sous-entend que le travail du dimanche en zone touristique est mieux payé. C'est faux. Il y affirme que les travailleurs y sont de plus en plus favorables : c'est faux, juste une question de formulation de question. Il y pose comme principe évident que le shopping est une distraction comme une autre. Il milite pour une dérégulation totale, où chacun agit individuellement, selon ses pulsions, ou selon les rapports de force. Bienvenue dans l'enfer de l'hyper-consumérisme.

Mais Monsieur Attali finit pas se trahir. En effet, il conclut doctement en arguant qu'il "faut évaluer les problèmes de façon globale, et non en fonction de l'intérêt des parties directement impliquées". In cauda veritas: il avoue ici que l'intérêt des gens concernés, les salariés qui seront contraints de sacrifier leur vie personnelles en fonction de diktats commerciaux, il n'en a rien à faire. Car il pense "global", Monsieur Attali. En fonction d'une idéologie qui lui est propre, ou qui est celle des groupes d'influence auxquels il appartient. Monsieur Attali, dégagé de "l'intérêt direct des parties les plus directement impliquées", travaille à détruire cet intérêt, au profit d'intérêts supérieurs, "globaux", dissimulés, en utilisant des arguments de basse propagande.

Quelle honte.

Slate, 29/11/13

La question du travail du dimanche, saugrenue dans la plupart des pays du monde, se pose aujourd’hui en France avec rage. Presque partout en effet, il est autorisé, au moins pour le petit commerce en zone touristique, et de plus en plus pour d’autres professions, malgré les Eglises et les syndicats. Seule en Europe, l’Autriche l’interdit absolument. En France, même si des millions de gens (salariés ou patrons, fonctionnaires ou commerçants) sont déjà autorisés, (ou tenus), de travailler ce jour-là, d’autres, innombrables, en sont privés, (ou protégés).

Pour se faire un avis, sur ce sujet comme sur tout autre, il ne faut pas se contenter d’écouter ceux qui crient le plus fort, mais chercher à comprendre l’intérêt de toutes les parties prenantes: salariés, chômeurs, consommateurs, actionnaires, citoyens, parents et enfants, qui représentent les générations futures. On se rend compte alors que rares sont ceux qui n’y ont pas intérêt.

Les travailleurs, salariés ou patrons, y sont de plus en plus favorables. D’abord parce qu’ils travaillent de plus en plus le dimanche, sans être payés, sur internet ou autrement. Et ils souhaiteraient le faire en étant rémunérés, préférant augmenter leur pouvoir d’achat, qui a diminué avec la crise, que leur temps libre, qui a augmenté avec les 35 heures. Les chômeurs, en particulier, y sont favorables, parce que le travail le dimanche est un facteur de croissance et de création d’emplois. De fait, les syndicats, qui y sont hostiles, ne s’intéressent par nature qu’à ceux qui veulent travailler moins et pas à ceux qui veulent travailler plus; et encore moins aux chômeurs. Comme on le verra bientôt avec la négociation, vouée à l’échec, sur la réforme de la formation professionnelle.

Les consommateurs veulent évidemment, eux aussi, voir les magasins ouverts le dimanche. Et plus généralement tous les services qui ne le sont pas encore. De même, les actionnaires y ont évidemment intérêt. Et c’est aussi le cas de la communauté nationale, qui a intérêt à tout ce qui peut aider à son développement. Ne serait-ce que le tourisme, grand secteur d’avenir, qui dépend très largement de ce qui est ouvert le dimanche.

Et les familles? Elles sont en principe contre. Et on peut rêver à ce principe, commun à bien des cultures, qui voudrait qu’une journée par semaine soit consacrée à la réflexion, au repos et au silence. Notre temps, en accélérant tout, ne rend pas ce principe inapplicable; il exige seulement qu’il soit plus flexible. Le dimanche n’est plus le jour du seigneur; il est le jour du sport, des déjeuners en famille et de la distraction. Et la visite dans un magasin est un élément de la distraction. On peut le regretter, mais c’est ainsi. Et tout cela peut se faire un autre jour que le dimanche, par exemple le mercredi, propice au temps partagé avec les enfants.

Quant aux générations suivantes, elles ont évidemment intérêt à ce qu’on s’occupe d’elles; et elles doivent pour cela exiger le droit d’une journée hebdomadaire en famille. Mais, là encore, pas nécessairement le dimanche. De plus, il est de leur intérêt que la croissance soit la plus forte possible, pour réduire le poids de la dette qu’ils auront à financer; et le travail le dimanche y contribue.

Alors, au total, il faut libérer totalement le travail du dimanche; dans tous les métiers; sans limite; pas seulement le petit commerce. Pas seulement en zone touristique: nous entrons dans une société où chacun doit gagner la liberté de choisir ses moments de travail et de liberté.

Bien sûr, cela doit rester une liberté; non une obligation. Aucun employeur ne doit pouvoir menacer de licencier un employé qui ne voudrait pas travailler le dimanche. Et inversement, un employé qui voudrait travailler le dimanche doit pouvoir être indemnisé si son patron le lui refuse, sous le contrôle des juges.

Tout problème doit être ainsi évalué de façon globale et non pas en fonction de l’intérêt direct des parties les plus directement impliquées. Si on reprenait ainsi tous les enjeux de société, bien des révolutions s’imposeraient.

Jacques Attali

 
«Bricoleurs du dimanche» – Anatomie d'une manipulation Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Carabistouilles

FO Hebdo 3091

Le collectif de salariés de Leroy Merlin et de Castorama spontanément mobilisés pour travailler le dimanche cache en fait une opération de propagande préparée en amont par deux enseignes de bricolage, qui y ont mis les moyens: agence de communication, sondages sur mesure, avocat et antichambres patronales s’agitent dans l’ombre.

Mercredi 2 octobre,les «Bricoleurs du dimanche» ont sorti les T-shirts. Cent cinquante salariés de Leroy Merlin et Castorama se sont donné rendez-vous à proximité de l’hôtel Matignon.Sifflets et pancartes sont de mise, le mouvement entend montrer sa détermination au mur de journalistes qui couvrent l’événement: France 2, France 3, Canal+, i>Télé, BFMTV, France Inter, France Info, RTL, Radio Classique, L’Humanité, Le Parisien et Le Figaro sont là. La presse a répondu massivement à l’appel du petit nombre de manifestants.Une banderole a été imprimée pour l’occasion, on peut y lire: «Si on attend le rapport, on est morts». Le rapport dont il est question est celui que le gouvernement a commandé deux jours plus tôt à l’ex-P-DG de La Poste, Jean-Paul Bailly, sur la question du repos dominical. L’organisation de la manifestation est impeccable… Comment un mouvement de salariés présenté comme spontané a-t-il le temps et les moyens d’être aussi efficace?

Tout simplement parce qu’une agence de communication est aux manettes pour suivre et coordonner les actions du collectif. Cette agence, Les Ateliers Corporate, a parmi ses clients les enseignes Castorama et Leroy Merlin. Le job des Ateliers: attirer le plus de journalistes possible et agir ainsi sur l’opinion publique comme moyen de pression sur le législateur. Pour cela, l’agence cherche, selon son propre site Internet, à «identifier tous ceux, journalistes, blogueurs ou prescripteurs, qui par leur capacité d’influence contribueront à exprimer la transformation de l’entreprise». En résumé, ces professionnels de la communication travaillent sur l’image des entreprises et dans le cas des «Bricoleurs du dimanche», ils cherchent à présenter les intérêts privés des actionnaires de Leroy Merlin et de Castorama en intérêt général des salariés. Et il semble que cet exercice de haut vol porte ses fruits.

Tout a commencé en décembre dernier: quelques jours après l’assignation en justice de Leroy Merlin et de Castorama par Bricorama, l’agence de communication animait une réunion de crise. Une centaine de salariés approchés par leur direction étaient présents. Un témoin, déniché par Adrien Oster, journaliste au Huffington Post, raconte: «L’après-midi, on a été divisés en sous-groupes pour travailler sur différents thèmes, comme les moyens d’action à mettre en place, le nom du collectif, etc. En présentant notre travail aux consultants, certains ont eu l’impression que le débat était orienté et qu’ils nous menaient là où ils voulaient. Ils ont d’ailleurs éliminé pas mal de nos idées et au final, les moyens d’action que nous avons arrêtés ressemblaient beaucoup à ceux qu’ils nous avaient présentés le matin.» Le témoin précise que cette journée a été organisée sur son temps de travail et que la direction a tout financé, y compris les frais de déplacement et le buffet.

«Quand nous avons manifesté entre Montparnasse et le ministère du Travail, la direction a loué un bus, nous a fourni des sandwichs et on s’est servis dans les rayons pour préparer le défilé. Tout a été financé de A à Z par les patrons.»

Au sein des Ateliers Corporate, c’est Xavier Yvon qui est chargé de mettre de l’huile dans les rouages. «On les aide pour que les médias s’en occupent», explique le communicant à une journaliste de France 5. Scène stupéfiante: c’est lui qui sert de correspondant avec le haut fonctionnaire de Matignon venu le rencontrer. C’est aussi lui qui désigne à ce même fonctionnaire le porte-parole du mouvement que le Premier ministre recevra quelques minutes plus tard.

Il s’appelle Gérald Fillon (mais oui!), est salarié de Leroy Merlin depuis 2011. Il est en relation constante avec son coach, Xavier Yvon, ainsi qu’avec un certain Stéphane Attal, directeur associé… des Ateliers Corporate. Tout à sa tâche de communicant, ce dernier a négligemment oublié de déposer les comptes 2012 de sa société au tribunal de commerce. Une obligation légale dont l’infraction est passible d’une amende de 1.500 euros. Il faut dire que le poste de directeur associé de l’agence Les Ateliers Corportate mène à tout. Une ex-Dir’A est, depuis août dernier, directrice de communication du parti socialiste. Ce qui ne l’empêche pas d’être amie, sur Facebook, avec Gérald Fillon et Stéphane Attal, porte-parole et organisateurs du rassemblement devant Matignon.

Florence Livi

 
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Le travail du dimanche en question :
entre productivité débridée et art de vivre, un vrai choix de société 
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