FO interpelle les Maires de France Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
05-06-2008

Madame Nicoletta, Secrétaire Féréral FO, vient d'interpeller les maires dans le remarquable courrier ci-dessous.

Elle souligne trois arguments majeurs :

  • la suppression d'une responsabilité du Maire, la concentration des pouvoirs au niveau Préfectoral, avec les risques de corruption inhérents
  • l'impact sociétal énorme d'une telle mesure
  • l'absence de tout intérêt économique général.

Elle relève malicieusement, de plus, que cette loi ajoute encore des dérogations supplémentaires à la loi de 1906 actuellement en vigeur, alors que sa complexité complexité est un des arguments majeurs invoqués par ses détracteurs. Tartuffes...

Un article paru sur le blog de FO, 4 juin 2008

Courrier adressé à l'AMF, l'AMRF, l'APVF

Madame, Monsieur, 

Une  proposition de loi visant à « rénover les dérogations au repos dominical » a été déposée à l’Assemblée Nationale par le Député Richard MALLIE et est examinée par la commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l’Assemblée Nationale le 6 juin et à l'Assemblée Nationale le 10 juin. 

Elle a reçu le soutien du gouvernement et l’Union Départementale Force Ouvrière craint que celle-ci ne soit rapidement votée. 

D’une manière générale, cette proposition vise à banaliser l’ouverture le dimanche puisqu’elle permet l’ouverture de manière permanente, dans les communes et zones touristiques, de tous « commerces de détail » et de tous « services au public » et crée une nouvelle hypothèse de dérogation au repos dominical : la zone d’attractivité commerciale exceptionnelle. 

Face aux dangers réels que cette proposition de loi contient en terme de répartition des pouvoirs entre l’Etat et les communes, de gestion des commerces et services communaux, de bien-être des citoyens, nous avons décidé d’alerter, au niveau local notamment, les autorités communales.  

I.                     Elle concentre tous les pouvoirs au niveau des préfets et retire tous pouvoirs aux maires et aux interlocuteurs sociaux

Les zones ou communes touristiques et les zones d’attractivité commerciale exceptionnelle ne seront plus « toujours classées sur proposition des conseils municipaux », comme le laisse entendre l’auteur de la proposition de loi : elles pourront l’être.

La différence est de taille : la demande ou proposition préalable des conseils municipaux deviendrait une faculté (alors qu’aujourd’hui, les préfets ne peuvent pas intervenir sans initiative préalable des maires).

Le préfet pourrait donc intervenir de lui-même, voire sur demande des entreprises concernées elles-mêmes. 

De même, l’accord collectif, conclu entre organisations professionnelles et syndicats, prévoyant le respect du repos dominical, ne primerait plus sur la décision du préfet qui pourrait y déroger. 

Cette proposition de loi est donc en contradiction avec la volonté du gouvernement de rapprocher la prise de décision de l’échelon local concerné (il s’agit de déconcentration au détriment de la décentralisation) ou encore avec l’engagement gouvernemental de privilégier le dialogue social. 

 

II.                  Elle implique, au niveau local et communal, des bouleversements profonds en matière économique, sociale et sociétale. 

La proposition de loi ajoute aux plus de 180 dérogations de plein droit existantes, des hypothèses nouvelles de dérogations au repos dominical : seront concernés par ces dérogations collectives tous les commerces et services au public situés dans les communes ou zones touristiques et dans les zones d’attractivité commerciale exceptionnelle. 

À terme, ces nouvelles dérogations concerneront donc les salariés de tous les secteurs d’activité.

Car qui gardera les enfants des salariés en activité le dimanche ?

Les services publics, les crèches, les écoles, les transports, les administrations, les banques, les assurances, les fournisseurs, les informaticiens, les agents d’entretien, de sécurité, de livraison… ne devront-ils pas, à terme, demeurer également ouverts pour servir les commerces, services et travailleurs du dimanche ? 

C’est toute l’organisation communale qui sera alors à revoir entièrement, avec la charge pour les communes de financer l’ouverture le dimanche des services communaux.

Quant aux gains économiques que ces dérogations engendreraient pour les services et commerces concernés, qu’en sera-t-il des gains financiers des secteurs des loisirs, de la restauration ou de l’hôtellerie dont l’activité se situe essentiellement le week-end, lorsque le dimanche sera un jour travaillé comme les autres ?  

Est également en jeu la survie des petits commerces, des artisans et des marchés traditionnels, car ils ne pourront suivre les mêmes plages d’ouverture que les grands commerces, ni s’implanter dans les zones touristiques dont les prix vont grimper. C’est donc, à terme, leur disparition et celle des emplois concernés qui sont programmées. 

D’ailleurs, à terme, il n’y aura plus de plus-value pour les entreprises aujourd’hui concernées puisque le dimanche n’aura plus aucune particularité.

La demande de « consommation dominicale » ne constitue pas un argument car, a fortiori, toute extension du travail le dimanche limitera, par définition, le nombre de consommateurs pouvant consommer le dimanche et le volume global de consommation est étroitement corrélé à l’évolution du pouvoir d’achat.

Si les bénéfices économiques d’une telle mesure ne sont ni avérés à terme, ni ne profitent à tous, les conséquences de ces atteintes au repos dominical sur le bien être collectif sont par contre certaines. 

Car quelle vie privée, quelle vie de famille lorsque, à terme, l’un des parents travaillera le samedi, l’autre le dimanche et auront des jours de repos hebdomadaires différents, alors que, justement, notre société souffre déjà d’une déstructuration des liens familiaux ? 

Quelle vie associative, sportive, culturelle, philosophique en outre ? 

Il y a là une contradiction avec la volonté affichée du gouvernement de concilier vie familiale et vie professionnelle. 

La présumée prise en compte de la volonté des salariés de travailler le dimanche n’est pas non plus convaincante puisque le travail le dimanche ne créé pas ou peu d’emplois et génère davantage de contrats précaires, le recours à l’Intérim, aux heures supplémentaires ou complémentaires, des pressions auprès des salariés, des discriminations à l’encontre des salariés déjà en place, une absence de liberté d’acceptation ou de refus lorsque est proposé, à l’embauche, un contrat prévoyant le travail le dimanche, une pénibilité supplémentaire due à l’augmentation des amplitudes de travail… 

Voici certaines des raisons qui, devraient certainement vous amener à vous opposer à l’extension des dérogations au repos dominical et qui, en tant qu’organisation syndicale, nous conduisent à lutter pour que soient, au contraire, restreintes les nombreuses dérogations déjà existantes.

Nous sommes prêt à vous rencontrer afin d’échanger avec vous sur ce sujet et connaître vos sentiments quant aux conséquences locales, sociales et économiques d’une telle proposition de loi dans le département. 

Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’assurance de nos salutations distinguées. 

F. NICOLETTA
Secrétaire fédéral
Responsable Commerce

feed3 Commentaires
muriel
juin 28, 2008
Avis : +0

merci Kamel pour cet éclairement, tu redore un peu l'image que j'ai de FO, mais sérieux par rapport à Plan de Campagne vous pouvez pas faire quelque chose avec votre UD 13 ca nous arrangerait... parce qu'ils sont allés très loin dans ce dossier

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kamel 903
juin 12, 2008
Avis : +2

Position officielle de la confédération FO

Lettre ouverte de Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de Force Ouvrière

Monsieur le Député Richard Mallié
Député UMP
Assemblée nationale
126 rue de l'Université
75355 Paris 07 SP

Paris, le 7 mai 2008

Monsieur le député,

La lecture de votre «proposition de loi visant à rénover les dérogations au repos dominical» oblige la Confédération Force Ouvrière à réagir fortement pour de nombreuses raisons.

I. D?une part, les motifs que vous exposez sont, apparemment emplis de bonnes intentions, mais en totale contradiction avec les dispositions de votre proposition de loi.

En effet, vous entendez simplifier et « dépoussiérer la législation en vigueur » mais vous ajoutez aux « plus de 180 dérogations de plein droit » existantes, des hypothèses nouvelles de dérogations au repos dominical et créez, pour celles-ci, des procédures distinctes.

Vous dénoncez des « situations ubuesques » (trottoir classé en zone touristique et l?autre non, opticien pouvant ouvrir le dimanche à condition de vendre des lunettes de soleil), engendrées par les définitions actuelles que vous estimez floues.

Pourtant, les critères que vous retenez pour la zone d?attractivité commerciale exceptionnelle[1] sont loin d?être simples à mettre en oeuvre et, à moins que cette zone n?ait aucune limite, conduiront tout autant à inclure ou exclure des commerces ou zones proches les uns des autres mais plus ou moins isolés.

Vous conservez également la définition floue de « communes et zones touristiques » tandis que disparaissent les critères précis « d?activités de détente ou de loisirs d?ordre sportif, récréatif ou culturel ».

Vous déclarez que « le principe du repos dominical doit rester la règle commune » alors que votre proposition vise essentiellement à banaliser l?ouverture le dimanche puisqu?elle permet l?ouverture de manière permanente, dans les zones touristiques, de tous « commerces de détail » et de tous « services au public ». Ces nouvelles dérogations concerneront donc à terme les salariés de tous les secteurs d?activité.

Car qui gardera les enfants des salariés en activité le dimanche ?

Les services publics, les crèches, les écoles, les transports, les administrations, les banques, les assurances, les fournisseurs, les informaticiens, les agents d?entretien, de sécurité, de livraison? ne devront-ils pas, à terme, demeurer également ouverts pour servir les commerces, services et travailleurs du dimanche ?

Vous faites également état des gains économiques [2] que votre proposition engendrerait pour les commerces concernés.

Pourtant, ce gain financier ne bénéficie pas aux salariés sur lesquels repose l?effort de travailler le dimanche. Car, si votre proposition de loi pose de faibles garanties minimales, celles-ci ne s?imposent qu?en cas de décision unilatérale et pour deux types d?autorisations seulement[3].

Il n?y a donc aucune garantie légale minimale pour les salariés en cas de conclusion d?un accord collectif ou à défaut de décision unilatérale, cette dernière n?étant pas obligatoire.

Le dimanche pourrait donc être une journée comme les autres pour les salariés, sans aucune amélioration de leur pouvoir d?achat.

Et, lorsque le dimanche sera un jour travaillé comme les autres, qu?en sera-t-il des gains financiers des secteurs des loisirs, de la restauration ou de l?hôtellerie dont l?activité se situe essentiellement le week-end?

Quid de ceux des petits commerces, des artisans et des marchés traditionnels, qui ne pourront suivre les mêmes plages d?ouverture que les grands commerces, ni s?implanter dans les zones touristiques dont les prix vont grimper et qui, de ce fait, disparaîtront encore davantage?

De même, à terme, il n?y aura plus de plus-value pour les entreprises aujourd?hui concernées puisque le dimanche n?aura plus aucune particularité.

Enfin, « la sécurité juridique » ne sera pas préservée.

Dans un délai de 4 mois, de nombreuses formalités sont à remplir (triple consultation, accord ou décision unilatérale, consultation du CE ou des délégués du personnel et référendum), d?où le risque flagrant d?autorisations implicites nombreuses, qui ne seront alors pas publiées et connues de personne.

Elles pourront alors faire l?objet de recours à tout moment.

II. D?autre part, votre proposition de loi ne tient pas compte des réalités locales et sociales.

Elle ne prend pas en compte la situation des salariés.

Nous avons abordé la question de l?absence de garanties légales minimales. De plus, si aucune justification du salarié quant à son refus de travailler le dimanche n?est exigée (telle des raisons familiales impérieuses?), ce droit ne signifie rien. En effet, il n?empêche pas le risque de discrimination des salariés ayant refusé. Face au marché du travail, quelle liberté d?acceptation ou de refus lorsqu?un contrat prévoyant le travail le dimanche est proposé à l?embauche ?

Elle concentre tous les pouvoirs au niveau des préfets et retire tous pouvoirs aux maires et aux interlocuteurs sociaux.

Les zones touristiques et d?attractivité commerciale exceptionnelle ne seront plus « toujours classées sur proposition des conseils municipaux », comme vous le laissez entendre : elles pourront l?être.

La différence est de taille : la demande ou proposition préalable des conseils municipaux devient une faculté (alors qu?aujourd?hui, les préfets ne peuvent pas intervenir sans initiative préalable des maires).

Le préfet pourra donc intervenir de lui-même, voire sur demande des entreprises concernées elles-mêmes.

De même, l?accord collectif prévoyant le respect du repos dominical ne primerait plus sur la décision du préfet qui pourrait y déroger, ce qui est en contradiction avec la volonté du gouvernement de privilégier le dialogue social.

L?une des dispositions de votre proposition de loi est d?ailleurs contraire au droit commun de la négociation collective qui prévoit, à défaut de délégués syndicaux, la faculté de négocier avec d?autres acteurs.

III. En dernier lieu, autoriser et banaliser le travail le dimanche est, d?une manière générale, lourd de conséquences.

Quelle vie privée, quelle vie de famille lorsque, à terme, l?un des parents travaillera le samedi, l?autre le dimanche et auront des jours de repos hebdomadaires différents, alors que, justement, notre société souffre déjà d?une déstructuration des liens familiaux ?

Quelle vie associative, sportive, culturelle, philosophique en outre ?

Il y a là une contradiction avec la volonté affichée du gouvernement de concilier vie privée et vie professionnelle.

Vous faites état d?une demande de « consommation dominicale ».

la suite : http://www.force-ouvriere.fr/p...onventions collectives&nbre=5

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muriel
juin 11, 2008
Avis : +2

et bien!!! quel plaisir de voir que FO est opposé au travail du dimanche !!!!
parce que dans les bouches du rhône c'est loin d'être le cas !!!!
pire FO à même signé un accord avec les patrons pour contrecarer l'action de la CGT et de la CFDT sur la zone de Plan de Campagne....
Mme NICOLETTA devrait donner des leçons de syndicalisme à l'union départementale FO des bouches du rhône...
et vive le repos dominical

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